Terrain synthétique : le football et la musique

Terrain synthétique : le football et la musique
Boris Barabanov, expert musical
à propos des mélodies et rythmes de la Coupe du monde.

Terrain synthétique : le football et la musique
Boris Barabanov, expert musical
à propos des mélodies et rythmes de la Coupe du monde.
Le football est un phénomène purement sportif, ce qui n'empêche pas le monde créatif d'y trouver une source d'inspiration. Ce projet spécial de Welcome2018 évoque les liens entre le sport le plus populaire de la planète et l'art.
Le mondial de football connut son premier hymne officiel en 1962, alors que la compétition était organisée par le Chili. Il s'agissait de la chanson du groupe Los Ramblers, El Rock del Mundial. Le groupe était très connu au Chili, avant tout parce que ses chansons étaient souvent diffusées à la radio.

El Rock del Mundial possédait des sonorités qui sont encore utilisées par les compositeurs d'hymnes de football de nos jours : sifflets, applaudissements et passages d'instruments à vent. Néanmoins, on était loin du canon. Les auteurs s'étaient efforcés non seulement de créer une chanson de football, mais de aussi de rester fidèles à la mode du rock'n'roll. Mais le rythme du rock'n'roll reste loin de ce que nous avons pris l'habitude d'écouter en tant qu'hymne ou grand chant de supporters.
Le collectif Los Ramblers se composait de 9 personnes. Presque une équipe de football !
L'hymne du Mondial suivant, qui se déroula en 1966 en Angleterre, était consacré au lion Willy, la mascotte de la compétition. L'hymne s'avéra plus chantant. C'est le chanteur Lonnie Donegan, figure d'autorité dans les années 1960, qui l'écrivit et l'interpréta dans le style skiffle.

En 1970, le Mondial retourna dans le monde hispanophone. La chanson officielle du Mondial mexicain était intitulée, sans fioritures, Fútbol México 70. En enregistrant l'hymne, l'ensemble local Los Hermanos Zavala le surchargea d'éléments folkloriques typiques du Mexique. Ceci étant, le refrain donnait vraiment envie de chanter, et à la fin de la chanson tous ses auditeurs étaient invités à taper dans leurs mains en criant « Mexico ! ».
Lonnie Donegan écrivit la chanson de la CdM 1966, et, 44 ans plus tard, son fils enregistra une reprise. Pour la CdM 2010 justement.
La chanteuse polonaise Maryla Rodowicz, auteur de la chanson de la CdM 1974, continue à se produire sur scène. Aujourd'hui, elle a 71 ans
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En 1974, pour la Coupe du monde organisée en RFA, c'est une chanteuse issue du camp socialiste qui fut retenue : Maryla Rodowicz, une Polonaise adorée des Russes. Même si la chanson était à la hauteur de l'événement, elle rappelait trop les créations des ensembles vocaux et instrumentaux ennuyeux des pays du CAEM. Quoi qu'il en soit, Maryla Rodowicz ne se contenta pas d'écrire la chanson Futbol, elle l'interpréta pendant la cérémonie d'ouverture de la compétition à Munich.



Depuis 1978, la FIFA attire des figures du monde musical plus connues pour créer les hymnes du Mondial de football. L'hymne de la Coupe du monde 1978 en Argentine, qui reçut le titre Anthem (« Hymne »), fut créé par Ennio Morricone. Il s'agissait d'une composition instrumentale avec une vocalise que l'on retenait très bien et qui possédait des élans victorieux. Signore Morricone était au sommet de sa gloire : c'est justement en 1978 qu'il reçut un Oscar pour la musique du film de Terrence Malick Les Moissons du ciel.
L'illustre Ennio Morricone se distingua non seulement au cinéma, mais aussi dans le sport : sa plume a composé l'hymne de la CdM 1978.
En 1982, Plácido Domingo devint la première vedette de l'opéra de l'histoire à être invitée à enregistrer un hymne de la Coupe du monde.
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Quant à l'enregistrement de l'hymne de la Coupe du monde 1982, c'était la première fois que l'on faisait appel à une vedette de l'opéra, à savoir Plácido Domingo, représentant du pays-hôte et grand amateur de football. Dans le léger thème orchestral Mundial, résonnaient des motifs de corrida, indispensables pour une « grande chanson espagnole », ce qui révélait évidemment une analogie avec la confrontation footballistique.

En 1986, la Coupe du monde retourna au Mexique. Ce fut le premier Mondial pour lequel furent composés plusieurs thèmes musicaux officiels. Le claviériste du groupe Yes, Rick Wakeman, composa l'opus A Special Kind of Hero, qui se prêtait à merveille à tous les contextes officiels. La partie vocale fut enregistrée par Stephanie Lawrence, star de comédies musicales britanniques des années 1980.

Vigoureuse, la chanson El Mundo Unido por un Balón, enregistrée par Juan Carlos Abara, servit pour l'audience mexicaine.

La FIFA sélectionna officiellement un autre titre, s'adressant exclusivement à l'auditoire des discothèques. Il s'intitulait Hot Hot Hot et fut enregistré par Alphonsus Kassell, se produisant sous le pseudonyme d'Arrow. La chanson, dans le genre caribéen de la soca, posa les bases des hits pop footballistiques pour de longues années.
Fait peu connu : Rick Wakeman fut pendant un temps directeur du FC Brentford, puis président du FC Camberley Town
Fait peu connu : Rick Wakeman fut pendant un temps directeur du FC Brentford, puis président du FC Camberley Town
Quant à l'enregistrement de l'hymne de la Coupe du monde 1982, c'était la première fois que l'on faisait appel à une vedette de l'opéra, à savoir Plácido Domingo, représentant du pays-hôte et grand amateur de football. Dans le léger thème orchestral Mundial, résonnaient des motifs de corrida, indispensables pour une « grande chanson espagnole », ce qui révélait évidemment une analogie avec la confrontation footballistique.

En 1986, la Coupe du monde retourna au Mexique. Ce fut le premier Mondial pour lequel furent composés plusieurs thèmes musicaux officiels. Le claviériste du groupe Yes, Rick Wakeman, composa l'opus A Special Kind of Hero, qui se prêtait à merveille à tous les contextes officiels. La partie vocale fut enregistrée par Stephanie Lawrence, star de comédies musicales britanniques des années 1980.

Vigoureuse, la chanson El Mundo Unido por un Balón, enregistrée par Juan Carlos Abara, servit pour l'audience mexicaine.

La FIFA sélectionna officiellement un autre titre, s'adressant exclusivement à l'auditoire des discothèques. Il s'intitulait Hot Hot Hot et fut enregistré par Alphonsus Kassell, se produisant sous le pseudonyme d'Arrow. La chanson, dans le genre caribéen de la soca, posa les bases des hits pop footballistiques pour de longues années.
L'enregistrement du premier concert des Trois Ténors, qui eut lieu avant la finale de la CdM 1990, devint l'album de musique classique le plus vendu de l'histoire. Le collectif se produisit encore trois fois avant la finale de la CdM : en 1994, 1998 et 2002. SUR LA PHOTO : Carreras, Pavarotti et Domingo avant un concert en 1998.
L'enregistrement du premier concert des Trois Ténors, qui eut lieu avant la finale de la CdM 1990, devint l'album de musique classique le plus vendu de l'histoire. Le collectif se produisit encore trois fois avant la finale de la CdM : en 1994, 1998 et 2002. SUR LA PHOTO : Carreras, Pavarotti et Domingo avant un concert en 1998.
En 1990, la Coupe du monde avait lieu en Italie. La chanson Un'estate Italiana, composée par Tom Whitlock, détenteur d'un Oscar, et le célèbre producteur de disco Giorgio Moroder, chantée par Gianna Nannini et Edoardo Bennato, rentrait tellement bien dans les têtes qu'aujourd'hui encore les premiers riffs de guitare de la chanson rappellent les matches de 1990. Il s'agissait du premier hymne de la Coupe du monde écrit en deux langues, l'anglais et la langue du pays-hôte. A cette même époque, en 1990, fut lancé un projet musical, dont la création fut également impulsée par le championnat italien. La veille de la finale, aux thermes de Caracalla, le premier concert des Trois Ténors eut lieu. Luciano Pavarotti, Plácido Domingo et José Carreras.
En 1994, la Coupe du monde se déroula aux États-Unis pour la première fois. Les compositions formant la bande-son du Mondial n'avaient pas été formellement écrites pour lui. L'une d'entre elles, Gloryland, était basée sur le gospel Glory, Glory (Lay My Burden Down), élaboré par le producteur John Skarbek, le chanteur Daryl Hall et l'ensemble vocal Sounds of Blackness.
La seconde chanson était We Are The Champions de Queen. La veille de la finale, dans le stade Dodger de Los Angeles, les Trois Ténors, des habitués, donnèrent un concert. A cette même époque, en 1994, fut éditée pour la première fois une compilation officielle complète de chansons inspirées par le thème de la Coupe du monde et du football en général. Elle reçut le nom de Gloryland.
La chanson We Are The Champions du groupe Queen n'avait pas été écrite spécialement pour la Coupe du monde. Malgré tout, elle convenait parfaitement !
La chanson We Are The Champions du groupe Queen n'avait pas été écrite spécialement pour la Coupe du monde. Malgré tout, elle convenait parfaitement !
Pour le Mondial français de 1998, on inventa de nouveau plusieurs chansons pour différentes occasions. Et c'est la même année qu'on commença à distinguer les notions d'« hymne officiel » et de « chanson officielle ». A la base du titre « le plus officiel » de la compétition, La Cour des Grands (Do You Mind If I Play), enregistré par le chanteur sénégalais Youssou N'Dour et la Belge Axelle Red, des rythmes africains furent utilisés pour la première fois dans un hymne de la Coupe du monde. De cette façon, la musique reflétait la présence de plus en plus notable de footballeurs professionnels d'origine africaine.
La Copa de la Vida de Ricky Martin devint un tube pour MTV et les discothèques. La « chanson officielle » de la Coupe du monde sortit un an avant le principal hit du portoricain, Livin' la Vida Loca, néanmoins il était déjà si célèbre dans le monde qu'en se mettant d'accord avec lui, la FIFA put attirer devant les écrans une audience qui ne se serait jamais intéressée au football de toute sa vie. Enfin, Jean-Michel Jarre et le chanteur japonais Tetsuya Komuro enregistrèrent à l'improviste Together Now, une composition très étrange dans laquelle un beat dansant saccadé se mariait avec des synthétiseurs entraînant, inspirant des passages de chœur et un registre vocal rock.
La prestation de Ricky Martin avec la chanson La Copa De La Vida lors de la finale de la CdM 1998 fut regardée en direct par plus d'un milliard de téléspectateurs dans 187 pays.
En 2002, il était déjà clair que l'appellation « hymne de la Coupe du monde » marchait très bien, ainsi quatre chansons furent créées pour la compétition au Japon et en Corée du Sud. Le compositeur grec Vangelis enregistra une piste « héroïque », l'Américaine Anastasia un tube commercial pour le monde anglo-saxon, Jennifer Pena un hit pour les supporters d'Espagne et d'Amérique latine, tandis que les meilleurs vocalistes des pays-hôtes enregistrèrent la chanson principale du Mondial, Let's Get Together Now.
Pour la CdM 2002, quatre chansons furent composées en tout. Jennifer Pena interpréta celle qui était destinée aux supporters hispanophones.
En Allemagne, en 2006, les supporters reprenaient le quatuor de crossover classique Il Divo et Tony Braxton, qui avaient enregistré ensemble la chanson principale, The Time of Our Lives. C'est la chanson Celebrate the Day qui servit d'hymne. Elle avait été enregistrée par le célèbre chanteur allemand Herbert Grönemeyer et le duo Amadou & Mariam, responsables de la « note africaine ».

Pour la CdM 2002, quatre chansons furent composées en tout. Jennifer Pena interpréta celle qui était destinée aux supporters hispanophones.
En 2002, il était déjà clair que l'appellation « hymne de la Coupe du monde » marchait très bien, ainsi quatre chansons furent créées pour la compétition au Japon et en Corée du Sud. Le compositeur grec Vangelis enregistra une piste « héroïque », l'Américaine Anastasia un tube commercial pour le monde anglo-saxon, Jennifer Pena un hit pour les supporters d'Espagne et d'Amérique latine, tandis que les meilleurs vocalistes des pays-hôtes enregistrèrent la chanson principale du Mondial, Let's Get Together Now.

En Allemagne, en 2006, les supporters reprenaient le quatuor de crossover classique Il Divo et Tony Braxton, qui avaient enregistré ensemble la chanson principale, The Time of Our Lives. C'est la chanson Celebrate the Day qui servit d'hymne. Elle avait été enregistrée par le célèbre chanteur allemand Herbert Grönemeyer et le duo Amadou & Mariam, responsables de la « note africaine ».
La chanson The Times Of Our Lives de Tony Braxton et du quatuor Il Divo fut jouée pour la première fois lors de l'ouverture de la CdM 2006 et le single sortit le même jour.
L'auteur de l'hymne de la CdM 2006, Herbert Grönemeyer, est considéré comme le meilleur chanteur allemand : sur l'ensemble de sa carrière, il a vendu 13 millions de copies de ses albums.
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La chanson Arriba Arriba, destinée au public hispanophone, fut enregistrée par un groupe de stars sud-américaines inconnues dans le reste du monde. Par ailleurs, Shakira réalisa une version spéciale de son principal tube, Hips Don't Lie. En 2010, la création de la chanson officielle de la compétition fut confiée à Shakira. Elle reçut le titre Waka Waka.
Par trois fois, Shakira a enregistré des chansons pour des Coupes du monde. Par ailleurs, elle est mariée au joueur de l'équipe d'Espagne Gerard Piqué.
Par trois fois, Shakira a enregistré des chansons pour des Coupes du monde. Par ailleurs, elle est mariée au joueur de l'équipe d'Espagne Gerard Piqué.
Il aurait été étrange que l'enregistrement d'une musique pour la Coupe du monde organisée en Afrique du Sud n'implique pas des interprètes symboliques pour le pays-hôte. L'hymne Sign of a Victory fut enregistré par la star de R'n'B américaine R. Kelly, conjointement avec le chœur Soweto Spiritual Singers. Au même moment, au nombre des chansons principales de la Coupe du monde, apparut une composition réalisée sur commande d'un sponsor de la compétition. Il s'agissait de Waving Flag, chanson du musicien somalo-canadien K'Naan et de Brunos Mars.
La Coupe du monde brésilienne en 2014 fut la troisième pour laquelle Shakira devint une sorte de mascotte musicale. Sa chanson s'intitulait La La La (Brazil 2014). Néanmoins, la chanson officielle du Mondial était We Are One (Ola Ola), interprétée par Pitbull et Jennifer Lopez. Quant à l'hymne de la compétition, Dar um Jeito (We Will Find a Way), il était chanté par Wyclef Jan et Alexandre Pires sur un accompagnement de Carlos Santana et du DJ Avicii.
La chanson We Are One (Ole Ola), enregistrée par le rappeur Pitbull avec la participation de Jennifer Lopez et Cláudia Leitte, fut en tout et pour tout jouée deux fois en live. La première, lors de la remise des prix Billboard, la seconde, lors de l'ouverture de la CdM 2014.
17 chansons figuraient sur la bande-son officielle de la Coupe du monde 2014. Chacun des sponsors de la compétition s'était senti obligé de commander un titre à telle ou telle grande star internationale pour son film publicitaire diffusé pendant les retransmissions. Le journal Billboard composa même son Top 10 des meilleures chansons sorties pour le Mondial brésilien. Kanye West et la chanson God Level se classèrent en première place.
La chanson de Kanye West, God Level, ne rejoignit pas la liste officielle des titres de la CdM 2014, bien qu'elle ait été spécialement dédiée à cette dernière.
La chanson de Kanye West, God Level, ne rejoignit pas la liste officielle des titres de la CdM 2014, bien qu'elle ait été spécialement dédiée à cette dernière.
La chanson officielle et l'hymne officiel de la Coupe du monde ne sortent habituellement pas trop longtemps avant les rencontres, en mai précisément. Voilà pourquoi il est encore un peu tôt pour parler des chansons du Mondial russe. Il n'y a qu'une chanson qui ait 100% de chances de résonner dans les stades lors de la Coupe du monde. Elle s'intitule Ole Ole Ole.
On a l'impression qu'elle a toujours existé. Toutefois, les premiers témoignages d'un usage massif de ce chant dans un stade remontent à l'année 1982. Des journaux écrivirent qu'à San Sebastian, les supporters de la Real Sociedad chantaient Campeones, campeones, hobe, hobe, hobe (« Champions, champions, nous sommes les meilleurs ») après la fin d'un match de championnat de leur équipe. En 1985, les chœurs d'Ole Ole Ole furent repris dans l'hymne du club belge d'Anderlecht, Anderlecht Champion, et, en 1987, Roland Verlooven sortit le single Olé, Olé, Olé (The Name of the Game). Il ne fait aucun doute que Ole Ole Ole sera également chantée dans les stades russes. Et l'enthousiasme des chanteurs ne dépendra pas des résultats de notre équipe nationale dans le tableau de la compétition.


Boris Barabanov, expert musical de la Maison d'éditions Kommersant, spécialement pour Welcome2018
Crédit photo : Denis O'Regan/Getty Images; Steve Jennings/WireImage; Guy Kinziger/WireImage; Guido Krzikowski/Bloomberg via Getty Images; Gareth Cattermole/Getty Images; Fred Duval/FilmMagic; Jon Soohoo/Getty Images; Michael Putland/Getty Images; Ryan Pierse/Getty Images; Christopher Lee/Getty Images; Stephane Cardinale/Sygma via Getty Images; Team 2 Sportphoto/ullstein bild via Getty Images; Paul Natkin/Getty Images; Michael Putland/Getty Images; FG/Bauer-Griffin/Getty Images; Irakli Tchokhonelidze/ТАСС; losramblers.cl