Itinéraire Châteaux teutoniques

L’ordre Teutonique a été fondé en 1190. Ses chevaliers, après avoir conquis les terres de la Prusse Orientale, utilisèrent au départ les forteresses des Prussiens, puis commencèrent à les renforcer et à en construire de nouvelles.  Aujourd’hui, plusieurs châteaux teutoniques font partie du patrimoine historique et culturel.  L’ordre continua à bâtir des forteresses en pierre jusqu’aux premières décennies du XVe siècle.  Au total, une quarantaine de forteresses ont été construites sur le territoire actuel de l’oblast de Kaliningrad.

Lorsque l’ordre Teutonique disparut, au XVIe siècle, une partie des châteaux furent démolis, d’autres étaient dès lors dépourvues de leur fonction de fortification initiale et furent transformés en habitations, casernes et prisons.  Pendant la Seconde Guerre mondiale, beaucoup d’anciennes fortifications ont été détruites, et celles qui sont restées debout en sont ressorties avec divers dégâts.  De nos jours, l’histoire de ces témoins du passé fascine les touristes. Plusieurs châteaux de l’ordre Teutonique sont en train d’être restaurés et accueillent le public. 

2 jours

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Quittez Kaliningrad et prenez la direction est sur la route Е28 (le tronçon de la route européenne Е28 qui va de Kaliningrad vers l’est : c’est la route А229, mettons ce nom entre parenthèses)vers Gvardeïsk. Dans 10 km, vous tomberez sur le village de Nizovye et son château Waldau. D’après les linguistes, le nom du château viendrait du mot balto-slave « valdati » qui veut dire « posséder ».  Les premiers témoignages concernant la construction de la forteresse de Waldau datent de 1258.  Vers le milieu du XVe siècle, les chevaliers teutoniques ont refait les vieilles parties fortifiées, et le château est devenu la résidence secondaire du grand maître de l’ordre Teutonique. En 1525, lorsque l’état laïque de Prusse a été proclamé sur les terres de l’ordre, Waldau est devenu la propriété du duc de Prusse.
 En mai 1697, la délégation principale de la Grande Ambassade a séjourné à Waldau.  Une partie de l’exposition du musée d’histoire, ouvert par des enthousiastes au sein du château, relate cet événement.  La table retrouvée dans les caves du palais et récemment restaurée, a très bien pu être le témoin de la visite de Pierre Ier et de ses compagnons.  Le musée parle également du poète allemand Maximilian von Schenkendorf qui a vécu à Waldau en 1805, ainsi que de l’histoire de la région de l’époque prussienne jusqu’à nos jours. 

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Il vous faudra un peu plus d’une heure pour parcourir entre 72km et 73 km sur la route E28 pour rejoindre la ville de Tcherniakhovsk depuis Nizovye.  Tcherniakhovsk compte deux châteaux.  Insterburg n’a pas été entièrement conservé, mais il a tout de même été reconnu monument historique national.

Le maître de l’ordre Teutonique, Dietrich von Altenburg, a fondé le château en 1336 et, deux cents ans plus tard, l’administration locale d’Insterburg s’est installée dans cet avant-poste frontalier. Cent ans plus tard, en 1642, le château a abrité Marie-Éléonore de Brandenburg, la reine veuve de Suède qui s’était disputée avec le régent de sa fille, l’héritière de la couronne suédoise.  Entre les deux guerres, au début du XXe siècle, un musée de l’histoire locale y a été installé.  

Dans la partie conservée, le faubourg, les successeurs des ethnographes d’Insterburg sont eux aussi en train de créer un musée. Actuellement, des ateliers d’artisanat et une galerie d’art y sont ouverts.  On y organise des fêtes médiévales et des concerts contemporains. 

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Georgenburg se trouve à 3 km d’Insterburg par la rue Oktiabrskaïa de Tcherniakhovsk.  Les historiens ne savent pas trop lequel des Teutons a décidé de construire Georgenburg sur la colline où se rejoignent deux rivières, ni en quelle année.  On sait que c’était au milieu du XIVe siècle, quelques années après la fondation d’Insterburg, ville voisine.   Du XIVe siècle au début du XIXe siècle le château a subi de nombreuses occupations et destructions à cause des Polonais, des Lituaniens et de leurs alliés.  Au XVIIe siècle, pendant la Guerre de Sept ans, des soldats russes de l’armée du feld-maréchal Apraxine y séjournèrent, et au début du XIXe siècle, le héros de la bataille de Wagram, le maréchal Davout de l’armée napoléonienne en fit son quartier général.  

En 1828, Georgenburg est devenu la propriété d’un riche villageois écossais, Simpson.   Il a refait le château et s’est occupé de l’élevage de chevaux.  Une nouvelle race de chevaux d’élite trakehner a alors vu jour.  Depuis 2010, les travaux de restauration avancent lentement.  Des vitrages et une cheminée sont apparus dans une des salles restaurées, le musée de l’histoire vivante est en train de se constituer, ainsi qu’un club de reconstruction historique.  


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De Tcherniakhovsk, point le plus à l’est de cet itinéraire, il faut revenir vers Kaliningrad, la contourner par le nord-est et visiter Gourievsk, son église soigneusement restaurée et son château assez bien conservé.  Les croisés qui sont arrivés ici vers la fin du XIIIe siècle, ont détruit la cité prussienne de Bourgval (ou Vourgval).  Selon la légende locale, l’immense chêne qui se dresse près du château a vu des Prussiens païens.

Construit sur une fortification faite de rocs, le château de Neuhausen protégeait la frontière est de l’ordre Teutonique mais ne jouait pas de rôle politique.  Durant le premier tiers du XVIe siècle, le dernier grand maître de l’ordre, le duc-réformateur Albrecht Hohenzollern (1490–1568), a fait de cet endroit sa résidence secondaire. Un jardin zoologique a apparu à proximité du château, des cheminées renaissance ont été installées, les chambres des deux étages ont pris une apparence plus mondaine, et, dans l’aile nord, une cuisine et des buanderies ont été créées.  Après de multiples reconstructions, cette aile reste l’élément le plus ancien du château.  Neuhausen a toujours ses caves datant du XIIIe siècle, le rez-de-chaussée et le premier étage ont leurs plafonds gothiques d’origine.  À l’époque, le château a bénéficié d’une certaine notoriété en terres allemandes grâce au passionné de chasse, le prince-électeur de Brandebourg et duc de Prusse, Georges-Guillaume (1595-1640). Pour se distraire à Neuhausen, il ordonna de fabriquer des coupes spéciales en forme de flacons de poudre et de mousquets.   Un invité, après avoir bu dans cette grande coupe, devait écrire une petite poésie dans l’album du duc et la signer, chose à laquelle tout le monde ne parvenait pas.  

Au milieu du XIXe siècle, les propriétaires du château ont fait creuser des fossés, murer les meurtrières, remplacer les ponts-levis temporaires par des permanents, et aménager le parc.  Ainsi, le château de chasse est devenu un site de repos et de loisirs. Un chemin de fer a été construit à côté.
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Les ruines de ce château de l’ordre Teutonique se trouvent dans le village d’Ouchakovo (appelé Brandenbourg jusqu’en 1946) près de la baie de Kaliningrad, à l’embouchure de la rivière Prokhladnaïa. 

Brandenbourg a été fondé au XIIIe siècle :  Pierre de Duisbourg en parle dans sa Chronique de la terre de Prusse : « L’an 1266 après Jésus-Christ, le margrave Othon III de Brandebourg (arrière-petit-fils d’Albrecht l’Ours), est arrivé sur la terre Prussienne, accompagné de nombreux chevaliers <…> sur les conseils du maître et des frères il a construit le château de Brandenbourg qu’il a appelé ainsi en mémoire éternelle de son margraviat ».

Pendant le premier soulèvement prussien (1242—1249), plusieurs défauts des châteaux de Balga et de Lenzenbourg sont apparus : aucun d’entre eux n’avait de port, de plus, Balga, point d’ancrage principal des chevaliers de l’ordre Teutonique dans cette région, pouvait être assiégé facilement.  Ainsi, la décision de bâtir le château de Brandenbourg à l’embouchure de la rivière Friching a été prise.

Comme ça arrive souvent, au fil du temps des habitations sont apparues à la base du château fort.  En 1408, une première école y a vu le jour.  Aux XVIe et XVIIe siècles, Brandenbourg est devenu une ville importante :  en 1604, on y comptait 50 maisons et sept auberges.   Un bon emplacement (près d’une route animée, de la baie et de la rivière) a contribué à son développement. Brandenbourg a perdu son importance après la construction de la ligne de Prusse-Orientale, nouvelle artère de transport qui était située loin d’ici.

Après 1945, des immigrés de l’Union soviétique ont emménagé dans l’aile sud-est du château. L’aile sud-ouest, qui a subi des dégâts pendant la guerre, n’a pratiquement pas été utilisée.   En 2007, les ruines ont obtenu le statut d’objet du patrimoine culturel régional, et la restauration a démarré en 2013. 

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Lorsque vous serez sur la route entre Kaliningrad et Mamonovo, nous vous conseillons d’aller visiter les ruines du château de Balga, un des monuments de l’architecture médiévale les plus connus de l’oblast de Kaliningrad. Par ailleurs, on peut y admirer une vue imprenable sur la baie.  

En 1239, les croisés ont conquis la forteresse de Khonede, datant du Ve siècle, et ont construit sur ses cendres le château de l’ordre.   Il existe une version selon laquelle le château doit son nom au grand nombre de ruisseaux qu’on y trouve, et le mot ruisseau en allemand était « balgei ». En 1242, le château est devenu le siège de la commanderie, et à partir de 1250 la résidence du comtour, la personne qui possédait la région que l’on pouvait donner aux chevaliers pour gouvernance ou en location.  

Pendant la révolte de la Ligue de Prusse, ainsi que pendant la guerre de Trente Ans des Teutons contre la Pologne et la Ligue de Prusse, la forteresse de Balga défendait les intérêts de l’ordre.

Vers la fin de la Seconde guerre mondiale, de terribles combats ont eu lieu près de Balga, c’est pourquoi aujourd’hui il ne reste que les ruines du faubourg(fortification devant le château. - Welcome2018)et de l’église Saint-Nicolas du château.  En 2007, ce monument architectural a été classé objet du patrimoine culturel régional. Des travaux de restauration sont prévus. 

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La forteresse en bois a été construite dans les années 1261-1270, et le district prussien de Schaaken (Saken) est mentionné dans les chroniques de l’ordre Teutonique en 1258.  À partir de 1328, les travaux de reconstruction du château en pierre ont démarré. Plus tard, une chapelle, diverses dépendances et des habitations y ont été ajoutées.

Le nom de Schaaken a des racines prussiennes et se traduit comme « herbe » car tout l’espace autour de la forteresse était couvert de joncs et de roseaux.  Il est à noter qu’entre 1711 et 1717 le tsar russe Pierre Ier s’y est arrêté quatre fois.

Schaaken a obtenu le titre de monument historique du patrimoine culturel régional en 2007, après quoi des particuliers l’ont loué et y ont commencé des travaux.  Ainsi, une partie du rempart est déjà restaurée. Le château fort propose des visites : le musée de l’inquisition se trouve dans les caves, il y a également une exposition d’armes de siège, une salle de cheminée et une écurie.   Le château organise des reconstructions historiques « Les légendes du château de Schaaken » auxquelles tout le monde peut participer et devenir acteur du spectacle sur la vie médiévale. 

Château de l’ordre du XIIIe siècle, Tapiau a été reconstruit à maintes reprises. 

Durant le règne de Frédéric III, à partir de 1786, le bâtiment est devenu un abri pour les pauvres.   En 1879, lors d’une des nombreuses restaurations, deux étages ont été rajoutés : l’église domestique y a été installée, puis le château a été utilisé en tant que bâtiment administratif. 

Durant les années de la république de Weimar et sous le régime nazi, les murs du château ont abrité une prison.  En avril 1945, un centre de détention soviétique pour les criminels de la guerre y a été fondé, et plus tard une prison.  Depuis 1960, le château de Tapiau est sous la surveillance de l’Etat et reconnu comme faisant partie du patrimoine culturel national.

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En 1277, la forteresse de Ragnit a été brûlée par l’armée de l’ordre Teutonique. Plus tard, une autre a été construite à sa place.  Quelques dizaines d’années plus tard, un château fort a été bâti à nouveau avec un fossé creusé sur son périmètre, mais en 1365 les Lituaniens ont brûlé la fortification.  Le grand maître de l’ordre Teutonique, Konrad Zölner von Rottenstein l’a restaurée selon son propre goût et à un nouvel endroit, où elle se trouve encore. Le chantier a commencé à la fin des années 1390 et a pris fin vers la première dizaine du XVe siècle.

À partir de 1825, une prison se trouvait au sein du château, dix ans après un tribunal de la ville et du district, un tribunal militaire y a été installé en 1849 et un tribunal d’instance en 1879.

En 1976, le metteur en scène Alexeï Guerman a tourné au château son film Vingt jours sans guerre. L’année suivante, un autre tournage y a eu lieu (celui du film Le soldat et l’éléphant).

En 2010, les ruines du château de Ragnit et les terres avoisinantes ont été transmises à l’Église orthodoxe russe.  Aujourd’hui, les visiteurs peuvent se balader autour des ruines, monter sur les remparts du château fort et admirer la vue sur la ville de Neman.