Secrets de la Prusse-Orientale

Les vieux châteaux, leurs tours et leurs souterrains, placés sur l’itinéraire pédestre partant de l’île de Kant, permettent de se plonger dans l’atmosphère médiévale.

Rouslan Chamoukov/ТАСС

Il faut commencer sa découverte de Kaliningrad par l’île de Kant (autrefois connue sous le nom de Kneiphof). L’une des premières colonies autonomes autour de la forteresse de Königsberg se trouvait ici.

D’est en ouest, jusqu’à la mer Baltique, à travers Kaliningrad, coule le fleuve Pregolia.  Au nord de l’endroit de confluence des deux bras du fleuve, la Vieille et la Nouvelle Pregolia, sur une proéminence du terrain, la forteresse du Mont Royal (Königsberg) fut édifiée. Cela eut lieu à l’époque de la croisade contre les païens prussiens, menée conjointement par l’arrière-petit-fils du légendaire empereur Frédéric Barberousse, le roi tchèque Ottokar II Přemysl, et le grand maître de l’ordre Teutonique Poppo von Osterna. Le bas-relief le plus à gauche de la porte Royale de Königsberg représente Ottokar II. Nous y reviendrons par la suite. Vingt ans plus tard, au sud du château, apparut la colonie autonome d’Alstadt (Vieille ville), et à l’est du château et d’Altsadt vit le jour Neustadt (Nouvelle ville), plus tard renommée Löbenicht. En dernier, au sud des deux villes, à la confluence des bras du fleuves, apparut Kneiphof, dont la plus grande partie était occupée par l’actuelle île de Kant.

Chaque village avait son propre système de fortifications, son hôtel de ville, son marché, ses armoiries, son sceau, ses églises, ses slobodas, ses pompiers et autres signes d’indépendance. Au début du XIVe siècle, Altstadt, Löbenicht et Kneiphof obtinrent l’une après l’autre le statut de ville indépendante. En outre, Altstadt devint membre de la Ligue hanséatique. Les trois bourgs et le château s’unirent dans une seule et même ville, Königsberg, au début du XVIIIe siècle.

Kneiphof, surtout peuplé de marchands, reçut de l’ordre Teutonique le statut de ville indépendante en dernier. Cela eut lieu le 6 avril 1327. En explorant l’île de Kant, il est difficile de s’imaginer que s’y trouvait le Kneiphof médiéval, où il y avait 14 rues (la plus étroite d’entre elles mesurait 68 centimètres de large), 2 places et de 2 ruelles. La ville était reliée au reste du monde par sept ponts. Le pont de la Boutique était le point de passage d’un vif commerce. Aujourd'hui, le pont de l’Estacade le remplace. Le pont Vert s’appelait ainsi en référence à la couleur du blason de Kneiphof. Au XVIIe siècle, les königsbergeois recevaient leur courrier près du pont Vert, et pour ne pas perdre de temps ils construisirent à proximité une Bourse. Le pont du Travail, ou des Abats, servait à l’élimination des déchets. Près du pont de la Forge étaient installés les forgerons. Le pont en bois Altstadt menait aux entrepôts de l’île Lomse. Il sert aujourd’hui encore à la circulation. Le pont Haut (également appelé Altstadt à l’origine) s’ouvrait. Le Nouveau pont haut, construit en 1938, a été préservé. Le pont du Miel a lui aussi été conservé. Son nom vient du fait que pour sa construction les habitants de Kneiphof payèrent avec du miel.  Une vieille énigme était liée aux ponts de Königsberg : comment passer par tous les ponts en ne traversant chacun d’eux qu’une seule fois ? Au XVIIIe siècle, le mathématicien Leonhard Euler démontra qu’il était impossible de franchir ces ponts de la sorte. En réfléchissant à cette énigme, Euler inventa la théorie des graphes.

Rouslan Chamoukov/TASS
En 1302, la construction de la cathédrale a été achevée dans l'Altstadt. Mais le nouvel évêque n'a pas trouvé le bâtiment assez magnifique et à sa demande, le 13 septembre 1333 le Maître de l'Ordre a assigné un terrain pour la construction d'un nouveau temple à Kneiphof. La cathédrale d'Altshtadt a été démantelé et ses briques ont été utilisées lors de la construction de la cathédrale de Kneiphof - celui que nous voyons maintenant sur l'île de Kant. Pour livrer les matériaux de construction, dans la paroi d'Altstadt les portes de Cathédrale ont été percées (elles sont détruites en 1944), à partir desquelles le pont de Cathédrale menait vers Kneiphof qui a été démonté après la fin de la construction.

Le plan initial était de construire une cathédrale forteresse, mais le grand maître de l'Ordre teutonique Luther von Braunschweig n'a pas approuvé l'idée, faisant remarquer qu'il n'y a pas besoin de construire un nouveau château à distance dans le vol de flèche du château puissant déjà existant. Le fondement a été ensuite allégé et l'épaisseur des murs a été diminuée. Au fil du temps, cela a conduit à l'affaissement de la tour, ainsi que du fait que la tour nord s'est inclinée de 45 centimètres de l'axe, à cause de cela elle est surnommée la Tour de Pise Baltique. La construction du temple a pris 50 ans à peu prés. Après l'ouverture les travaux étaient en cours pendant plusieurs décennies.

La cathédrale sur l'île de Kant est un exemple rare de la gotique de brique sur le territoire de la Russie qui est répandue en Allemagne et en Pologne. Les églises et les châteaux construits dans ce style se passent de la décoration sculpturale, la beauté de leurs façades est sévère et lapidaire : ce n'est que les briques rouges allemands et l'art des maçons.

La cathédrale a été consacrée en l'honneur du haut corps de Jésus-Christ, de la Vierge Marie, des Saints et de Saint-Adalbert. Dans la nef du temple - les hauts chœurs - les chevaliers ont priés, dans les trois nefs - les chœurs bas - tous les autres ont priés.

Le dernier Grand Maître de l'Ordre teutonique, le duc Albert de Brandebourg est devenu intéressé par les idées de Martin Luther et la Réforme, la Prusse est devenue le premier état protestant en Europe et en 1523 dans la cathédrale de Königsberg le premier sermon luthérienne en allemand a eu lieu.

En 1544, le duc a fondé Albertin - l'université de Königsberg - et la cathédrale (à l'époque déjà l'église luthérienne) est devenu l'église universitaire. Dans sa tour sud il y avait une place pour la bibliothèque qui a été nommé d'après le fondateur Martin fon Vallenrod - la bibliothèque de Vallenrod. En plus des livres, des cartes, des globes et des manuscrits sont stockés dans la bibliothèque. Après la Seconde Guerre mondiale, la bibliothèque a disparu : une partie des livres a disparue dans le bombardement et le feu, le reste a été dispersé dans le monde. Dans l'université de Kaliningrad 291 volumes de réunion de la bibliothèque de Vallenrod sont stockés.

A la fin du XVIe siècle, l'Université Albertina a acheté un lieu près du mur nord de la nef chez l'église pour les tombes des professeurs. L'un de ces tombes des professeurs a sauvé la vie à la cathédrale en 1945.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, c'était Emmanuel Kant, le fondateur de la philosophie classique allemande qui a enseigné à l'Université Koenigsberg. Il a donné les cours de la logique, la métaphysique, l'éthique, la mathématique, la mécanique, la science et la géographie, et en parallèle, il a écrit des traités sur la théorie de la connaissance, l'éthique, l'esthétique, l'anthropologie, la religion, les questions d'Etat et de la loi. En plus de l'esprit lumineux Kant se souvenait à ses concitoyens par le pédantisme extrême - il était le meilleur pour remettre les pendules à l'heure - et par le fait qu'il n'a jamais dans sa vie quitté Koenigsberg. Vladimir Lénine lui considérait le précurseur de Karl Marx et Friedrich Engels, et "Critique de la raison pure" de Kant a été inclus dans le programme obligatoire de l'enseignement universitaire en URSS. Par conséquent, après avoir vu le mémorial du philosophe, accolé à la cathédrale, la direction soviétique a sauvé l'église de la démolition.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la cathédrale a été brûlé presque complètement à l'intérieur : la flamme des bâtiments bombardés est passée sur la cathédrale. Dans les années 1992-2005, le rénovateur Igor Odintsov a dirigé les travaux de la reconstruction de la cathédrale et il est devenu son directeur. Les services dans la cathédrale ne sont pas disponibles, mais il y a la chapelle orthodoxe et luthérienne. Dans la cathédrale il y a un musée d'Emmanuel Kant et le modèle de la ville d'avant-guerre, les armures des chevaliers. Le samedi (18h00) il y a des concerts d'orgue, le dimanche il y a les concerts de piano et les concerts symphoniques. L'orgue de Kaliningrad est le plus grand en Europe.
Autre site d’intérêt de l’île de Kant, l’ancien Kneiphof, le monument au duc Albrecht (1490-1568) a été installé près de la cathédrale en 2005. C’est une copie du monument de 1891 perdu dans les bombardements. Les auteurs du monument, des sculpteurs de Kaliningrad, ont placé la nouvelle figure du duc sur le socle d’avant-guerre. S’étant détourné du catholicisme pour embrasser le luthéranisme, Albrecht de Brandebourg-Ansbach abandonna son titre de grand maître de l’ordre Teutonique et annonça la sécularisation des terres prussiennes. Sous Albrecht, dans l’ancien État teutonique, la Prusse devint un Etat à part entière (vassal de la Pologne, il est vrai), et une université apparut à Königsberg. Le duc de Prusse constituait une bibliothèque et contribuait au développement de l’imprimerie. Élevé comme un vrai chevalier médiéval, Albrecht est entré dans l’histoire en tant que figure de la Renaissance.
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A l’époque soviétique, sur l’île de Kant, furent aménagés un parc et un musée municipal de la sculpture en plein air. Parmi les statues disposées dans le parc au hasard, il y a une statue de Pierre Ier, qui a été plusieurs fois à Königsberg, et plus exactement à Kneiphof. La première fois, Pierre résida incognito chez le bourgmestre Negelein avec sa grande ambassade. La deuxième, il vint sous sa véritable identité avec son épouse Catherine Ire. Conformément au plan Coeur de ville, impliquant la démolition des bâtiments les moins réussis de la période soviétique et la conservation des édifices historiques, le parc de l’île de Kant sera préservé et les arbres taillés de façon à imiter les toits des constructions qui se trouvaient ici jadis.
Rouslan Chamoukov/ТАSS
En faisant un tour dans le Village des pêcheurs, complexe commercial, artisanal et ethnographique, on peut se faire une certaine idée de ce à quoi ressemblera le centre de Kaliningrad dans un futur proche après sa reconstruction. Le pont du Miel mène de l’île à ce petit quai à trois maisons imitant celles d’avant-guerre. Depuis la plateforme d’observation du Phare du village s’ouvre une vue sur la cathédrale.
Rouslan Shamukov/TASS

La rue Generala Karbycheva vous mène vers la cathédrale de l’Exaltation de la Sainte Croix (anciennement église luthérienne) qui se situe à 500 m derrière le village Rybny.  Ce genre de bâtiments emblématiques des années 1920-1930, construits dans le style  art nouveau, avec des éléments gothiques et néo-classiques, se trouve dans la plupart des pays baltes. Ainsi, l'intérêt principal de la visite ne réside pas dans l'architecture : on y vient pour admirer une iconostase en ambre unique consacrée au début du XXIe siècle. 

L’énorme île Oktiabrski sur laquelle se trouve la cathédrale, s’appelait dans le passé Lomse. Elle était connue pour ses entrepôts de bois et ses ateliers de menuiserie, mais il semblerait qu’au milieu du XVIIIe siècle, un mûrier poussait ici. Les habitants de Königsberg envisagèrent alors de créer une manufacture de soie. Mais cette idée n’eut pas eu de suite. 

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En longeant le rempart Lituanien vers le nord, en direction de la place du Maréchal Vassilievski (à pied, en bus n° 28 ou 37, en marchroutkas n° 78 ou 80), on peut remarquer des deux côtés du chemin de nombreuses fortifications de briques rouges. Çà et là, on croise des poternes, des halles à marchandises et des garages, construits si solidement que ni la guerre ni le temps n’ont d’effet sur eux. A mi-chemin entre la porte Royale et le Musée de l’Ambre, la caserne du Kronprinz fait face au bastion Grolman. 

La caserne néogothique du Kronprinz et son épaisse tour ronde crénelée ont été construites au milieu du XIXe siècle et nommées en l’honneur du futur kaiser Wilhelm Ier. A différentes époques, la caserne a abrité la police de Königsberg et des corps d’élite de la garnison, ainsi que le trésor de la Wehrmacht. Au printemps 1945, de rudes combats eurent lieu ici. Actuellement, on trouve dans la caserne du Kronprinz des bureaux, des entrepôts, un café et l’école de navigation de Kaliningrad, qu’on appelle familièrement Kamychi.

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La Porte de Rossgarten s’élève sur la place du Maréchal Vassilievski. Comme toutes les fortifications du rempart lituanien, elle a été construite dans les années 1850. Elle comportait un large passage en arc de quatre mètres et trois casemates de chaque côté. Dans les médaillons au-dessus de l’arc principal se trouvent les portraits des généraux prussiens Gerhard von Scharnhorst (1755-1813) et August Wilhelm Gneisenau (1760-1831). La porte a été restaurée il y a quarante ans et héberge désormais le restaurant Solnetchny kamen. La tour Dohna est à un jet de pierre de la Porte de Rossgarten.
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Sur la côte sud-est de l’Étang supérieur, la ligne de défense orientale (lituanienne) de la ville était gardée par la tour Dohna (pl. Marchala Vassilievskogo, 1). Du côté sud-ouest de l’étang, cette tour pouvait être soutenue par la tour de Wrangel. Les deux fortifications ont été construites en tenant compte de la nécessité d’assurer un feu à plusieurs niveaux. Le diamètre de cette tour ronde trapue est de 34 mètres, sa hauteur de 12 mètres. Elle compte deux niveaux au-dessus du sol, un sous-sol et un système de caves et de celliers. La tour compte 42 casemates disposées sur le pourtour sur deux niveaux, en enfilade. Lors de la prise de Königsberg, en avril 1945, la garnison fasciste de la tour Dohna se rendit parmi les dernières après de violents combats.

Depuis 1972, la tour, nommée en l’honneur du général-feld-maréchal prussien Friedrich Karl Dohna, ayant participé à la guerre contre Napoléon dans l’armée russe, abrite le Musée de l’Ambre. Qu’est-ce que l’ambre, quelles sont ses propriétés, comment l’extrait-on et qu’en fait-on, comment déterminer son authenticité et combien il doit coûter ? Vous trouverez les réponses à toutes ces questions au musée. La vaste exposition présente toutes les variétés de résine fossile existantes et les objets les plus divers créés par l’homme à partir d’ambre. La période couverte est énorme : du 4e millénaire avant notre ère jusqu’au début du XXIe siècle. Une pierre de soleil géante d’un poids de 4280 grammes et des pièces de la collection du Palais des Armures de Moscou font la grande fierté du musée. Amulettes et peignes, vases et panneaux muraux, ambre brute et milliers de figurines d’ambre, mais aussi voiliers, pipes, montres, trophées et coffrets en ambre : il y a de tout ici. Le musée comporte une librairie et une boutique de souvenirs.

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Du Musée de l’Ambre au bâtiment principal de l’Université Emmanuel Kant, on peut marcher le long de l’Etang inférieur sur le quai Marinesko et trouver, à l’extrémité sud de l’étang, une plaque commémorative rappelant que se trouvait ici la maison où vit le jour le conteur Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1776-1822). Mais on peut aussi monter dans les marchroutkas 66, 69, 70 ou 85 et demander au chauffeur de s’arrêter près de la rue de l’Université.

À côté de l’entrée du bâtiment principal de l’université se trouve le musée du Bunker. Il s’agit d’un abri anti-bombes en béton armé construit en deux mois au début de l’année 1945, lorsque le général Otto Lasch (1893-1971) fut envoyé pour commander la garnison de Königsberg de l’Allemagne fasciste. A une profondeur de 7 mètres, les ingénieurs de la Wehrmacht aménagèrent un abri d’une longueur de 42 mètres et d’une largeur de 15 mètres qu’ils divisèrent en 21 salles. En plus du personnel de l’état-major de défense de la ville et de leurs subordonnés, il y avait des techniciens des transmissions, des médecins et des femmes de ménage. Le bunker fut équipé d’un système de ventilation et relié aux réseaux téléphonique, électrique et de canalisations. Le 9 avril, Otto Lasch reçut un ultimatum de capitulation. Son poste de commandement lui servit seulement un mois.

Les événements dramatiques de la visite des parlementaires soviétiques au bunker, des dioramas des combats pour la ville et les conditions de vie de ceux qui se trouvaient des deux côtés du front ont été reconstitués par le musée. Ici, on peut en apprendre plus sur les antifascistes allemands, sur la tragédie de la population civile de Prusse orientale, sur le sort des prisonniers de guerre allemands et sur Königsberg elle-même.

Rouslan Chamoukov/TASS

En regagnant la surface, il faut se diriger du côté de l’ancienne place du Château, autrement appelée place du Kaiser Wilhelm, et aujourd’hui place Centrale. L’énorme bâtiment bleu et blanc de la Maison des Soviets sert de point de repère. Sur le mur de soutènement occidental du château, une plaque a été installée en 1904 avec la plus célèbre assertion du plus illustre habitant de Königsberg, le philosophe Kant :  « Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi ». Sa reproduction se trouve aujourd’hui dans les vestiges des remparts de la forteresse, il suffit de sortir sur la place Centrale depuis le passage souterrain sous l’avenue Lénine.

Sur la place Centrale, des fouilles ont lieu dans l’aile ouest du château. En été, il est possible de visiter certains souterrains du château avec un guide. Comme les autres caves de Königsberg, ils sont censés renfermer un trésor, et peut-être même la chambre d’Ambre dérobée à Peterhof près de Saint-Pétersbourg pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est du moins ce que dit la rumeur populaire. Ces rumeurs sont alimentées par un fait incontestable : de 1942 à 1945, la chambre d’Ambre se trouvait dans le château, mais depuis plus personne ne l’a vue.

Depuis le jour de sa fondation en 1255 jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, le château ne fut jamais reconstruit, se transformant en résidence royale, puis en complexe muséal et administratif. Gothique, baroque, rococo, classicisme et romantisme sont entrés d’une façon ou d’une autre dans l’architecture et la décoration intérieure de ce majestueux édifice d’une longueur de 100 mètres et d’une largueur de 67 mètres. La flèche de la tour du Château culmine au-dessus de la ville à 84,5 mètres. L’une des salles de cérémonie principales du château s’appelait Salle des Moscovites en l’honneur des ambassadeurs de Vassili III, avec lequel le duc Albrecht voulait se soulever contre la Pologne. Cette salle était la plus grande de toutes les terres allemandes, sa superficie s’élevait à 1500 mètres carrés. C’est précisément ici, et pas à Berlin, que fut couronné en 1701 le roi guerrier prussien Friedrich Ier. L’empereur d’Allemagne Guillaume Ier choisit l’église du château pour son couronnement. Au début de la guerre, le château de Königsberg abritait les services administratifs de la ville et de Prusse orientale, les archives nationales, des salles de réception et des musées.

Le château a lourdement souffert des bombardements britanniques en 1944, et des combats pour la ville d’avril 1945. En 1967, les vestiges des remparts ont été démantelés. Aujourd’hui, la ville envisage la reconstitution du château : le programme Cœur de ville envisage de rendre au centre son aspect d’avant-guerre.

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Dans les années 1960, l’idée du premier secrétaire du comité régional du Parti Communiste d’Union Soviétique, Nikolaï Konovalov, « d’affirmer le pouvoir des soviets sur le Mont Royal » s’incarna dans un projet de l’architecte moderniste Iouri Motorine. La construction de la Maison des Soviets, censée accueillir tous les fonctionnaires municipaux, commença en 1970. Dans la tour sud, tournée vers la Pregola, devait s’installer le comité régional du parti, et dans la tour nord, le comité exécutif régional. Le projet était si détaillé que les fonctionnaires savaient où allait se trouver leurs bureaux, dont la décoration intérieure était parfois planifiée dans certains cas. Les structures métalliques furent importées à Kaliningrad depuis la ville biélorusse de Maladetchna, le contreplaqué servant au coffrage acheté en Finlande et les structures en bois et aluminium des fenêtres envoyées depuis la région de Moscou. Sur le chantier, les travaux furent confiés à des diplômés de facultés de construction de tout le pays. Toutes les parties du bâtiment sont protégées contre la corrosion : il a été bâti pour traverser les âges.   

En 1991, la Maison des Soviets était achevée à 95% : chauffage, canalisation et distribution d’eau fonctionnaient, de plus, 8 ascenseurs rapides et un de service étaient opérationnels. Dans la tour nord, le parquet et le papier peint étaient posés, tandis que dans la tour sud il ne restait qu’à mettre un plancher. Mais le pouvoir soviétique disparut et le bâtiment devint inutile.  Aujourd’hui, c’est un monument de l’architecture soviétique. Pour les célébrations de l’anniversaire de Kaliningrad, l’extérieur a été rénové, mais l’intérieur reste à ce jour inoccupé.

Rouslan Chamoukov/TASS

A partir de la Maison des Soviets et des fouilles du château, il faut retourner sur l’avenue de Moscou et prendre la rue Victor Hugo jusqu’au fleuve Pregolia et au Musée du monde des océans sur le quai Pierre le Grand. Près de l’entrée du musée sont amarrées des pièces d’exposition. Le grand navire de recherche scientifique Vitiaz servit la science pendant 30 ans. En particulier, depuis son bord fut mesurée la profondeur de la faille des Mariannes (environ 10100 mètres). L’exposition du Musée Vitiaz est consacrée à l’histoire des découvertes géographiques et de la navigation. Il y a aussi une collection d’ambre.

A côté de lui, il y a un autre bateau-musée, le Simion Kossinov, étant entré en service en 1968 en tant que transporteur de bois. Dix ans après sa sortie des chantiers, le transporteur de bois a été transformé en navire scientifique et transféré au Service de recherche spatiale. Rebaptisé Cosmonaute Viktor Patsaïev, il assurait la liaison entre le Centre de contrôle des vols et les engins spatiaux.

Sur le chalutier de pêche moyen SRT-129 sont installés des pièces d’exposition liées à l’histoire de la pêche en Russie. 

Au cours de son service dans la Flotte du Nord, le sous-marin à propulsion diesel et électrique B-413 a plusieurs fois fait escale à Cuba et en mer Méditerranée, s’est classé premier lors d’exercices sur la pose de mines et montre désormais aux visiteurs comment sont organisés la vie quotidienne et le service dans les sous-marins. Dans le bâtiment principal du musée sont installés un squelette de cachalot et un aquarium rempli de requins de l’Atlantique en captivité, une collection de maquettes de bateaux, les effets personnels de Constantin Makarov, commandant militaire soviétique, des blasons des flottes russes, des mannequins, des ancres, des pièces de monnaie et une arme de baleinier : donc il vaut mieux y consacrer au moins une heure.

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En sortant du Musée océanographique et en suivant le cours du fleuve, on peut rejoindre le croisement des rues du Maréchal Bagramian et du Général Boutkov pour prendre la marchroutka (navette) n° 4, afin de rejoindre la rive gauche par le pont à Deux Niveaux. Il faut descendre tout de suite après le pont et remonter la rue du Port contre le cours de la Pregolia, jusqu’à la Porte de Friedrichbourg. De façon à contrôler la route vers la ville depuis la côte, la petite citadelle de Friedrichbourg fut bâtie en 1657. Ses bastions portaient des noms « précieux » : Émeraude, Rubis, Diamant et Perle. Le feu de leurs canons pouvait protéger Königsberg au sud comme au nord. En 1697, Pierre Ier, qui était là incognito en tant que Pierre Mikhaïlov, brigadier du régiment Préobranjenski, reçut des mains du colonel Sternfeld une attestation d’excellent tir, exposée à Friedrichbourg. La forteresse servira de modèle pour l’édification des forts de Kronstadt.

Ernst Johann von Biron (1690-1772), futur favori de l’impératrice russe Anna Ivanovna, passa quelque temps dans la prison de Friedrichbourg. Au milieu du XIXe siècle, la forteresse de Friedrichbourg se transforma en fort doté de portes en briques, puis, au début du XXe siècle, ses alentours furent jalonnés de voies de chemin de fer, ses remparts rasés et ses tranchées remblayées. Les restaurateurs des années 2000 furent obligés de refaire la maçonnerie de la Porte de Friedrichbourg. Aujourd’hui, elle abrite le centre historico-culturel Résurrection du Bateau.
Rouslan Chamoukov/TASS

Le musée municipal de la Porte de Friedland a ouvert récemment, en 2002. Il est situé dans l’ouvrage fortifié éponyme qui faisait partie de l’enceinte défensive de Königsberg. La Porte de Friedland fut construite en 1862, probablement selon les plans de l’architecte allemand Friedrich Stüler. La porte est ornée de deux sculptures représentant des gouverneurs de l’ordre Teutonique. La collection du musée est consacrée à la vie urbaine, du Königsberg d’avant-guerre principalement. La Porte de Friedland permet de réaliser une promenade virtuelle dans les rues de la capitale de la Prusse orientale à l’aide de photographies d’archives animées.