Itinéraire. La ville de Gorki

L’itinéraire couvre les principaux lieux liés au plus célèbre des Nijni Novgorodiens, Maxime Gorki, nom que la ville porta pendant plusieurs décennies. Avec les ruelles et les quais de Nijni Novgorod s’entrelacent intimement la biographie de Gorki lui-même (l’écrivain vécut ici 25 de ses 68 années), mais aussi ses œuvres, dont la ville est souvent le héros principal. En se promenant à travers la ville de Gorki, il est possible de se familiariser avec le vieux Nijni Novgorod et ses environs des récits autobiographiques Ma vie d’enfant, En gagnant mon pain et Mes universités, de la pièce Les Bas-Fonds, mais aussi de se perdre dans les quartiers industriels où se déroule l’action du roman La Mère.

1 ou 2 jours

En transports, en voiture, à pied, environ 30 km

Pavel Novikov/Welcome2018.com

Beaucoup pensent que c’est ici, dans la maison de son grand-père maternel, l’artisan teinturier Vassili Kachirine, qu’est né le futur écrivain. Mais ce n’est pas le cas : Aliocha Pechkov, futur Maxime Gorki, vit le jour en 1868 dans l’autre maison de son grand-père, la demeure située au 33 de la Oulitsa Kovalikhinskaya. Il s’agit d’un exemple typique de construction Nijni Novgorodienne du milieu du XIXe siècle : dans d’autres quartiers ont été préservés des pâtés de maisons entiers de telles maisons en bois à deux niveaux et celle-ci, mise à part la plaque commémorative, ne diffère presque pas de ces dernières.

Mais la Maisonnette Kachirine en elle-même, dans la descente de la Poste, où Alexeï et sa mère arrivèrent d’Astrakhan en 1871 après les funérailles de son père, vaut le coup d’œil     . Elle abrite le Musée de l’enfance de l’écrivain qu’on appelle aussi musée de Ma vie d’enfant car c’est là que se déroule l’action de ce roman. De nombreux habitants de Nijni Novgorod vinrent ici pour la première fois pendant leurs années d’école : on aime organiser des leçons de littérature périscolaires dans la Maisonnette Kachirine. Dans les quatre pièces où vivait la famille de 16 personnes, on a reconstitué l’atmosphère de l’époque et près de la moitié des objets exposés ont vraiment appartenu aux Kachirine. Les créateurs du musée, inauguré en 1938, se sont basés sur le roman autobiographique de Gorki Ma vie d’enfant, sur les souvenirs de descendants des Kachirine et sur l’auteur lui-même, ainsi que sur un plan de la maison qu’il a dessiné dans les dernières années de sa vie. La teinturerie, le garage à calèche, la cour pavée et même la lampe à pétrole près de l’entrée ont également été reconstitués. 

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Comme nous l’apprend la trilogie autobiographique, l’enfance de l’écrivain s’acheva par la mort de sa mère et les paroles de son grand-père :  « Tu n’es pas une médaille que je puisse porter à mon cou, il est inadmissible que tu restes ainsi à vivre à mes crochets ; va-t’en plutôt par le monde… » Alexeï Pechkov, le vrai nom de Gorki, fut envoyé en tant qu’homme à tout faire dans un magasin de chaussures à la mode situé dans ce qui était alors la périphérie de Nijni Novgorod et se trouve aujourd’hui être les alentours de la place centrale Gorki (Oulitsa Gorkogo, 74). Ici, l’adolescent transportait des marchandises, nettoyait la cour, prenait soin des vêtements du propriétaire et réfléchissait à tous les moyens possibles de s’échapper. Après s’être ébouillanté la main dans la cuisine, Alexeï se retrouva à l’hôpital. Quand il fut guéri, sa grand-mère l’envoya chez son neveu dessinateur industriel. Dans la maison de ce dernier (l’actuel n° 5b, Oulitsa Zvezdinka), le garçon « servit de femme de ménage » une nouvelle fois, ainsi que nous l’apprend la nouvelle En gagnant mon pain. Il lavait le sol, nettoyait le samovar et la vaisselle de cuivre et portait les achats des propriétaires. Gorki qualifia son logement d’« ennuyeux à l’extrême et de sale comme pas possible ». De nos jours, cet immeuble abrite des institutions administratives. A proximité, il y a un joli square où l’on se donne se retrouve souvent pour des rendez-vous galants sur les bancs sous les lampadaires. Les deux maisons où Alexeï Pechkov connut des jours difficiles sont signalées par des plaques commémoratives.

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La place porte le nom de l’écrivain depuis les années 1950. C’est à la même époque que le monument de 7 mètres à Maxime Gorki de la sculptrice Vera Moukhina fut érigé sur la place. Cette dernière, auteure du célèbre monument de Moscou L'Ouvrier et la Kolkhozienne, remporta le concours pansoviétique de projets pour le monument. Les guides racontent qu’à l’origine la statue devait être installée sur le coteau de la Volga, voilà pourquoi le manteau de bronze et les cheveux de l’écrivain ont l’air d’être soulevés par le vent du fleuve.  Mais sur cette place centrale de la ville, la représentation romantique de l’auteur de L'Annonciateur de la tempête s’intègre parfaitement.

Des éléments de L'Annonciateur de la tempête sont gravés dans la pierre, ou plus exactement sur des panneaux de mosaïque qu’il est possible d’admirer dans le hall de la station Gorkovskaya située sur la place. C’est la toute dernière station du métro de Nijni Novgorod. Elle a transformé la Plochtchad’ Gorkogo en important pôle de transport urbain. 

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Le monument à Gorki est tourné vers la principale rue piétonne de Nijni Novgorod, Bolshaya Pokrovskaya, dans laquelle se trouvent également des lieux liés au nom de l’écrivain. Tous les deux ans, dans le bâtiment de la faculté de philologie de l’Université de Nijni Novgorod N. I. Lobatchevski (37, Bolshaya Pokrovskaya) ont lieux les Lectures internationales de Gorki, qui rassemblent depuis les années 1940 des admirateurs et experts de l’œuvre de l’écrivain venus du monde entier. Des amis et la femme de l’auteur, Ekaterina Pavlovna Pechkova, participèrent aux premières conférences, puis plus tard ses petites-filles. Un vaste programme culturel est préparé pour les Lectures de Gorki : expositions thématiques dans les musées et spectacles basés sur des œuvres de l’écrivain dans les théâtres.

Dans le bâtiment situé au 24 Oulitsa Bolshaya Pokrovskaya (qui abrite aujourd’hui des magasins et cafés), à la fin du XIXe siècle se trouvait la rédaction du journal la Feuille de Nijni Novgorod. A l’invitation de l’écrivain Vladimir Korolenko, Gorki collabora plusieurs années avec ce dernier et publia des essais et des reportages critiques sur la Foire de Nijni Novgorod.

Autre endroit lié à Gorki : le théâtre d’art dramatique qui porte son nom et où furent montées toutes les pièces de l’écrivain (13, Bolshaya Pokrovskaya). Évidemment, Gorki s’y retrouvait souvent avec son ami le grand chanteur Fiodor Chaliapine, soliste de l’opéra Une Vie pour le Tsar donné pour l’inauguration du théâtre, qui se produisit à plusieurs reprises sur cette scène.

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Ce stade construit à la fin de la période soviétique n’est pas directement lié à l’écrivain, mais Maxime Gorki était membre honoraire de l’association sportive Dynamo, aujourd’hui résidente de l’enceinte. Quand le Dynamo Gorki proposa à son célèbre compatriote de rejoindre le club il avait déjà 64 ans, mais l’écrivain accepta. Il faut dire que sur le questionnaire, dans la partie sports préférés, il écrivit la pêche, la chasse et le gorodki (jeu sportif traditionnel russe). Plus tard, dans l’un de ses articles publié dans les journaux principaux de l’Union, il formula la mission des athlètes du Dynamo : « Je souhaite rappeler aux sportifs du Dynamo que le mot grec « dyna » signifie la force, « dynamika » le mouvement, et « dynamite » une matière explosive. « Le dynamo, c’est la force en mouvement... ». 

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Le bâtiment actuel du théâtre a été construit en 1935 à l’emplacement de la Maison du peuple, théâtre ouvert à tous et salle de concert, pour la construction de laquelle Maxime Gorki et Fiodor Chaliapine avaient récolté des fonds entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle après être devenus amis à Nijni Novgorod. En 1937, après avoir fini l’Académie russe des arts du théâtre, le futur grand directeur d’opéra russe Boris Pokrovski fut envoyé au théâtre d’opéra et de ballet Gorki (metteur en scène principal du Bolchoï en 1952, de 1955 à 1963 et de 1970 à 1982, en 1972, il fonda le Théâtre de musique de chambre de Moscou et resta son directeur artistique jusqu’à la fin de ses jours). Il mit ici en scène son premier spectacle, l’opéra Carmen, et y travailla jusqu’en 1943. Dans les années 1980, le théâtre devint l’un des premiers de Russie à jouer des représentations hors les murs : L’opéra L’Enchanteresse, de Piotr Tchaïkovski, fut joué sous les remparts du kremlin de Nijni Novgorod, l’opéra Ivan Soussanine de Mikhaïl Glinka dans le monastère Ipatiev à Kostroma, patrie du héros. Aujourd’hui, tout en perpétuant les traditions académiques (le répertoire compte les opéras Ivan Soussanine et La Dame de pique, les ballets Le Lac des Cygnes et la Belle au bois dormant, Peer Gynt) le théâtre explore de nouvelles pistes de développement. Ainsi, en 2014 a eu lieu la première représentation de l’opéra comédie musicale Coco Chanel, les pages d’une vie, dont la musique a été écrite par le recteur du conservatoire de Nijni Novgorod, Edward Fertelmeïster. Et en 2015, Ilia Mojaïski, metteur en scène du Théâtre musical de Moscou K. Stanislavski - V. Nemirovitch-Dantchenko joua sur la scène de Nijni Novgorod l’opéra Les Cosaques du compositeur daghestanais contemporain Chirvani Tchalaïev.

Depuis près de 50 ans, la scène du théâtre accueille une fois par an le Festival artistique d’opéra et de ballet de toutes les Russies « L’Automne de Boldino », et depuis cinq ans, à la fin de chaque saison, le festival d’opérette et de comédie musicale Mon boulevard préféré. Les artistes du théâtre participent aux concerts des « Soirées près de la cheminée » dans le bâtiment du musée d’art sur le quai Verkhnie-Voljskaïa.

En face du théâtre d’opéra et de ballet, à proximité du square de la Plochtchad’ Svobody, se trouve la prison (« ostorg ») de Nijni Novgorod, première prison de la ville, qui accueillait des bagnards en route vers la Sibérie et des criminels locaux. Maxime Gorki s’y trouva en détention par deux fois : pour avoir participé à des activités révolutionnaires en 1889 et en 1901. Dans les cellules individuelles où furent détenus Gorki et d’autres personnalités publiques actives de l’époque (Vladimir Korolenko, Iakov Sverdlov et autres), on organisait jadis des visites, mais depuis quelques années la prison est fermée pour rénovation. 

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Ce musée a été fondé dans le dernier appartement de Gorki à Nijni Novgorod, où il vécut quelques années avec sa famille avant leur déménagement définitif à Moscou en 1904. Pendant ces années-là, Gorki, déjà devenu un écrivain célèbre, pouvait se permettre de louer un étage entier. C’est ici que furent écrits la pièce Les Bas-Fonds et le poème L’Homme, et réalisées les première épures du roman La Mère. Cet appartement précis était le centre de la vie mondaine : Fiodor Chaliapine, les écrivains Léonid Andreïev, Nikolaï Garine-Mikhaïlovski, Anton Tchekhov et Ivan Bounine, ainsi que des éditeurs, acteurs et metteurs en scène des théâtres moscovites et d’autres personnalités en vue de l’époque rendaient visite à Gorki.

Le musée a reconstitué la décoration de l’appartement : l’exposition compte plusieurs milliers d’objets commémoratifs, notamment le bureau de Gorki et sa bibliothèque. 

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Gorki ne vécut jamais dans ce bâtiment : le musée a été fondé dans la vieille demeure éclectique des marchands Bourmistrov. Soit dit en passant, cette maison « petite, délicate, comme un jouet royal » est l’un des lieux où se déroule l’action du roman Race maudite d’Ivan Roukavichnikov. L’exposition est dédiée à la vie animée de l’intelligentsia créatrice du Nijni Novgorod de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, qui tournait autour de Gorki et de ses amis. La biographie complète de Gorki s’étale dans trois salles. Une collection d’effets personnels et de manuscrits de l’écrivain y est rassemblée, beaucoup de pièces d’exposition ayant été offertes par l’auteur en personne.

En plus de documents sur la vie de Gorki, le musée rassemble des effets personnels, des lettres et des photographies d’autres auteurs et artistes célèbres de l’époque : une salle séparée est consacrée à l’écrivain Pavel Melnikov-Petcherski, tandis qu’une partie de l’exposition est dédiée au philologue et folkloriste Vladimir Dahl et au poète Taras Chevtchenko, qui vécurent à Nijni Novgorod à différentes époques. Le musée contient aussi une grande collection de vieilles photographies de photographes majeurs de l’époque ayant vécu à Nijni Novgorod, Andreï Kareline et Maxime Dmitriev. 

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En marchant le long du coteau de la Volga, où Gorki aimait à se promener, on peut descendre vers le quartier de la Oulitsa Rozhdestvenskaya. Il y a quelques endroits liés au nom de l’écrivain, en particulier un nouvel exemple de ses activités caritatives, le salon de thé Stolby, ouvert pour les sans-abris à l’initiative de Gorki. Les locaux de l’établissement furent mis à disposition par un négociant, les fonds par un autre. Les pauvres de la ville se voyaient servir une nourriture simple et peu coûteuse. Pour eux, on organisait aussi des concerts et des soirées littéraires. Plus tard, un centre de soins gratuit pour sans-abris y fut créé. Les guides racontent qu’un soutien aussi actif aux miséreux n’était pas caractéristique des autres villes de Russie. Non seulement la tentative de leur fournir abri et nourriture, mais aussi de développer la vie culturelle. C’était vraiment quelque chose de spécifique à Gorki. De nos jours, l’ancien Stolby accueille différentes organisations commerciales, mais l’apparence historique de la propriété de style classique a été conservée.

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Si le club pour les pauvres Stolby est apparu précisément dans ce quartier ce n’est pas un hasard, car à la fin du XIXe siècle il y avait ici de vrais taudis : de petites gargotes, des cabanes et des asiles de nuit, notamment un très grand qui a été conservé jusqu’à aujourd’hui. Il fut construit par les Bougrov, riches négociants de Nijni Novgorod, et était un archétype d’asile de nuit en sous-sol où se déroule l’action de la pièce de Gorki Les Bas-Fonds. Pour financer l’asile de nuit, les négociants bienfaiteurs créèrent un dépôt bancaire, mais l’intérêt n’était pas assez élevé, par conséquent ils firent construire à côté un bâtiment commercial dont les revenus étaient consacrés à l’asile de nuit, prévu pour accueillir 700 personnes. Au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée, ils suspendirent des banderoles affichant les règles de l’établissement : « Rester sobre », « Ne pas fumer de tabac », « Ne pas boire de vodka », « Ne pas chanter », « Rester calme ».  On donnait du pain et de l’eau bouillante aux vagabonds. 

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Le quartier actuel de Sormovo à Nijni Novgorod, avec lequel l’histoire de la ville fut étroitement mêlée pendant la révolution de 1905, s’est développé à partir de la sloboda de Sormovo de l’ouiezd de Balakhna (subdivision administrative avant 1929). Il était peuplé d’ouvriers des plus grands chantiers navals et usine de locomotives du pays, mentionnés notamment dans le roman La Mère. Au cours des premiers troubles révolutionnaires à Sormovo, l’écrivain vivait à Nijni Novgorod et connaissait personnellement les activistes du moment : Piotr Zalomov (archétype de Pavel Vlassov, le héros de La Mère) et ses compagnons-propagandistes. La description de la manifestation du 1er mai dans le roman, l’une des premières du pays, reflète littéralement les événements de 1902 à Sormovo. L’annonce de cette action fut imprimée dans le journal local Iskra, qui couvrit le procès des détenus de Sormovo et où le chef des bolcheviques, Vladimir Lénine, publia ses articles adressés à Zalomov. Gorki défendit également avec vigueur les personnes arrêtées et la cause révolutionnaire, imprima des tracts enflammés et continua à collaborer avec eux après leur acquittement par le tribunal.

La Oulitsa Barrikadnaya a été nommée en l’honneur du soulèvement des travailleurs de Sormovo de décembre 1905. Elle conserve des constructions de l’époque. Sur l’une d’elles, le bâtiment d’une ancienne école paroissiale, où se trouvait l’Etat-major de l’insurrection (oulitsa Kominterna, 175), le haut-relief « Ecole des barricades » fondu à Saint-Pétersbourg a été apposé en 1977. C’est dans ce district que fut élevé en 1927 l’un des premiers monuments à Lénine de la ville.

En mémoire de Gorki, à Sormovo un cinéma est aussi nommé Bourevestnik, de même qu’une station de métro.