Lieux historiques

Vladimir Smirnov/TASS

La chanson qui fait office d’hymne non-officiel de la ville comporte ces lignes : « Là où l’Oka embrasse le fleuve Volga, large est le lointain et il est facile de toucher le ciel de la main. » Cela fait référence à la Strelka, ou Strelitsa comme on l’appelait dans l’ancien temps, l’endroit de confluence de l’Oka et de la Volga, symbole principal de Nijni Novgorod et l’un des plus beaux points de vue de la ville. Les jours ensoleillés, on voit bien que les eaux des deux fleuves sont de couleurs différentes, celle de la Volga étant plus sombre, plus saturée.

Le quartier de la Strelka a commencé à se développer activement au milieu du XIXe siècle, quand une grande foire de l’époque y emménagea après un incendie dans le quartier voisin de Makariev. Le directeur de l’aménagement de la foire, l’ingénieur Augustin Bétancourt, auteur du Manège de Moscou, écrivit : « L’avantage le plus frappant de l’emplacement retenu consiste en ce qu’on peut utiliser la navigation intérieure pour envoyer des marchandises dans les deux capitales [Moscou et Saint-Pétersbourg] tout en ayant la possibilité d’en envoyer dans la même année à l’étranger. » Le marché occupait une grande superficie, environ 500 000 mètres carrés, il y avait huit places et trente rues : la Strelka était de facto une ville dans la ville.

A l’époque soviétique, la zone de la foire a été recouverte d’immeubles d’habitation, un port de marchandises a été aménagé sur la Strelka et, jusqu’à une époque récente, la seule chose à embellir cet endroit remarquable était la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski. Mais aujourd’hui la Strelka a le droit à une nouvelle vie : c’est précisément ce quartier qui a été choisi pour la construction du stade qui accueillera des matchs de la Coupe du monde de football 2018. A proximité du stade, une nouvelle station de métro qui se nommera Strelka est en construction.

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C’est le lieu d’intérêt le plus connu et le plus important de Nijni Novgorod, mais aussi son berceau, car c’est à partir d’ici que la ville commença à se développer. Il existe une version chez les ethnographes, qui veut que le fondateur de Nijni Novgorod, Iouri (ou Gueorgui) Vsevolodovitch (petit-fils du fondateur de Moscou, Iouri Dolgorouki) jetât les fondements du kremlin sur ce rivage élevé, car il aurait été sous le charme de la vue qu’offraient les collines sur la Strelka. La vue est véritablement saisissante, mais la question plus pratique de la sécurité entrait aussi en ligne de compte : même quand elle était en bois, la forteresse protégeait convenablement la ville des ennemis, et le fleuve servait de barrière naturelle. Le kremlin de pierre apparut au XVIe siècle. En plus de bâtisseurs de Pskov, le maître italien Pietro Francesco prit part à la construction et fut rebaptisé Piotr Friazine.

Le kremlin compte 13 tours, qui ont toutes été conservées ou restaurées de nos jours. Chaque tour a sa propre architecture et ses légendes.

L’entrée principale, comme il y a plusieurs siècles, est la massive tour de Dimitri, appelée ainsi en l’honneur de l’église Saint-Démétrius-de-Salonique, qui se tenait jadis en face d’elle. A la place de cette église, on éleva ensuite la cathédrale de l’Annonciation, mais elle n’a pas survécu à l’ère soviétique, pas davantage que les trois autres églises qui se trouvaient sur le territoire du kremlin.

De nos jours, les bâtiments du XVIIIe siècle abritent l’assemblée législative, la philharmonie et la cour d’arbitrage, et, à côté, les bâtiments à l’architecture soviétique accueillent à la fois l’administration régionale et la représentation plénipotentiaire du président dans le district fédéral de la Volga, ainsi que la mairie de la ville et l’assemblée municipale. Le musée d’art moderne se situe dans le bâtiment de l’arsenal militaire de l’époque impérial, le musée d’art dans l’ancienne maison du gouverneur, et le musée des équipements militaires est à ciel ouvert. Ils sont tous en état de marche et sortis de l’industrie locale, la pièce la plus imposante est le tank T-34 produit par l’usine Krasnoïe Sormovo, installé à proximité de la Flamme éternelle et d’une composition sculptée en mémoire des participants à la Seconde Guerre mondiale.

A part sa valeur historique inestimable, chaque habitant de la ville a une histoire très personnelle avec les lieux du kremlin. Au bord du boulevard du Kremlin, les lycéens fêtent leur dernier jour d’école jusqu’au petit matin et les amoureux se promènent, les jeunes mariés viennent déposer des fleurs sous la Flamme éternelle, les parents emmènent les enfants voir l’arbre de Noël de la philharmonie.

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Depuis le quai inférieur de la Volga, on peut remonter par l’escalier de Tchkalov, soit plus de 400 marches qui, périodiquement, voient tantôt se disputer une course à pied caritative, tantôt se transforment en amphithéâtre improvisé. Des concerts sont organisés sur la scène proche de l’eau et des matches de football sont retransmis sur de grands écrans plasma.

L’escalier mène au monument à Valeri Tchkalov, aviateur natif de Nijni Novgorod, ayant réussi en 1937 le premier vol sans escale à travers le Pôle Nord entre Moscou et Vancouver. Au pied du monument, on monte une scène de concert à l’occasion de toutes les célébrités municipales d’importance, et pendant les vacances du Nouvel An on y installe des expositions de sculptures de glace.

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Ce fringant terem situé sur la rive de l’Oka est tout ce qu’il reste de l’énorme complexe de la foire de Nijni Novgorod, qui aura brillé pendant 100 ans et fait de Nijni Novgorod la capitale commerciale de la Russie. La décision d’installer en ville une place marchande d’importance nationale fut prise en 1817 à l’échelon impérial : l’empereur Alexandre Ier discuta personnellement du budget et de toutes les spécificités du projet avec l’architecte Augustin Bétancourt.

Le premier complexe commercial de la foire fut construit en cinq ans, et à la fin du siècle elle occupait une très grande partie de la Strelka avec des dizaines de rues, de places, son théâtre, son cirque et son cinéma. L’activité commerciale baissait deux mois par an (du 15 juillet au 10 septembre), mais quels mois c’était ! L’ambiance qui régnait sur le marché fut comparé aux fêtes du centre de Paris par l’écrivain français Alexandre Dumas père, venu spécialement à Nijni Novgorod pour voir cette place marchande unique en son genre : « La seule idée que l’on puisse se faire du fourmillement qui animait les bords du fleuve est de se rappeler ce que devient la rue de Rivoli un soir de feu d’artifice, quand les bons bourgeois de Paris, après avoir encombré la place de la Concorde, regagnent leurs foyers. »

Dans la galerie du Bâtiment principal le bijoutier Karl Fabergé et le parfumeur Brocard avaient leurs magasins. Plusieurs records et innovations sont à mettre au crédit de la foire. Pour la première fois dans l’histoire du pays, une foire russe atteint le niveau des places marchandes de Hambourg, de Londres, de Paris et les dépassa même en volume d’échanges (la foire de Nijni Novgorod était appelée « la cour d’échanges entre l’Europe et l’Asie »). C’est précisément à la foire de Nijni Novgorod que fut aménagé le premier système de canalisation du pays, présentée la première automobile russe à moteur à essence, le premier radio-récepteur au monde, les premières plantes cultivées dans des sels minéraux... Chaque jour, jusqu’à 300 000 personnes visitaient la foire, ce qui équivalait, à titre de comparaison, à la population de Moscou de l’époque.

A l’époque soviétique la foire cessa pratiquement d’exister : son territoire fut recouvert de logements à plusieurs étages, dans un premier temps le bâtiment principal fut occupé par les autorités municipales, puis par le magasin Dietski Mir. Dans les années 1990, la rénovation progressive de la foire commença, elle fut même présentée à New York, des liens avec des places financières européennes furent établis, des forums auxquels participèrent des experts, hommes d’affaires et politiciens étrangers furent organisés.

En 1993, au cours de sa première visite en Russie, le Premier ministre britannique Margaret Thatcher vint voir la foire et, un an et demi plus tard, ce fut le tour de son successeur, John Major. Parmi les invités du forum Grands fleuves, qui est toujours organisé de nos jours à la foire de Nijni Novgorod sous l’égide de l’UNESCO, on a compté le scientifique et voyageur norvégien Thor Heyerdahl, le commandant et explorateur océanique français Jacques-Yves Cousteau ou l’architecte japonais Kisho Kurokawa.

Aujourd’hui, le Bâtiment principal de la foire a conservé les intérieurs et les fonctions attribués lors de sa fondation. La salle des armoiries, décorée des blasons des régions russes, accueille de nouveau des délégations étrangères de haut rang dans le cadre de sommets internationaux, de forums et de cocktails mondains.

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La gare fluviale de Nijni Novgorod a été construite en 1964 selon les plans d’architectes de Leningrad, les guides touristiques la comparent à un bateau blanc : le vaste bâtiment est baigné de soleil de part en part, et l’aiguille sur le toit rappelle un mât. En plus de la billetterie et de la salle d’attente, le bâtiment de la gare accueille le plus récent musée de Nijni Novgorod (ouvert en 2003), le musée de la navigation sur la Volga, avec une exposition digne de cette ville aux nombreux siècles d’histoire de construction navale et de navigation. Au XIXe siècle, la Volga et l’Oka devinrent les artères principales pour alimenter l’industrie de Nijni Novgorod. Des dizaines de comptoirs de sociétés de navigation furent créées en ville, ainsi que le plus vieux chantier naval de la Volga, nommé Sormovski, apparu au moment où commença la création de navires de marchandises et de passagers et qui, au XXe siècle, se transforma en l’une des plus grandes entreprises nationales du secteur, l’usine de construction navale Krasnoïe Sormovo, produisant les meilleurs sous-marins au monde. C’est précisément à Nijni Novgorod qu’ouvrit en 1887 la première école de navigation fluviale du pays.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, c’est à Nijni Novgorod que se forma la flottille militaire de la Volga, des navires de guerre qui combattirent au front sur les mers et les fleuves. La sensation de la flotte fluviale d’après-guerre est l’invention par Rostislav Alexeïev, constructeur de Nijni Novgorod, de bateaux sur ailes immergées (hydroptères) nommés Raketa et Meteor qui ont considérablement augmenté le volume de navigation soviétique. Le musée de la navigation sur la Volga présente des documents originaux de l’époque : journaux de bord, cartes de pilotage, collection de photographies de vieux bateaux à vapeur et de leurs intérieurs, ainsi que des maquettes uniques en leur genre de navires et même une cabine de capitaine totalement équipée.

Du point de vue du trafic ferroviaire, Nijni Novgorod a toujours était un hub de transport de premier ordre à l’échelle du pays. La première grande ligne ferroviaire partant de Moscou vers l’est fut dirigée précisément vers Nijni Novgorod, en 1862, reliant la partie européenne de la Russie à la région de la Volga et ouvrant de nouvelles perspectives économiques. Quant à la gare Romodanovski, sur la rive droite de l’Oka, elle fut construite au début du XXe siècle pour garantir ensuite la possibilité de prolonger la grande ligne vers le sud. Dès le départ la gare fut bénéfique en premier lieu aux marchands, expédiant des marchandises à la foire, mais elle joua aussi un rôle stratégique en temps de guerre.

Après un grave glissement de terrain en 1974, la gare fut fermée. On essaya d’abord d’utiliser son bâtiment d’une façon ou d’une autre : on y installa l’institut des cheminots et des ateliers de réparations, mais le quartier en lui-même perdit son accès aux transports et les locaux tombèrent en désuétude. Mais ensuite l’ouvrage fut vendu à des investisseurs privés. Aujourd’hui rénovée, la gare Romodanovski fait la fierté de la ville et est un exemple de la façon dont les monuments historiques peuvent s’offrir une seconde vie : elle abrite une usine de fabrication de cartes bancaires.

Du point de vue des lignes de chemin de fer, la voie ferrée de Gorki (qui n’a pas été renommée à la différence de la ville) est aujourd’hui l’une des plus importantes du pays, reliant 15 régions. Grâce à la Coupe du monde de football elle bénéficiera d’un stimulus pour un nouveau développement : en 2018, la ligne ferroviaire à grande vitesse Moscou-Kazan passera par la gare.

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Il y a huit ponts à Nijni Novgorod : six sur l’Oka et deux sur la Volga. Les ponts jumeaux de la Volga (il n’y a que quelques dizaines de mètres entre eux) relient Nijni Novgorod à la ville voisine de Bor. Les quartiers de la ville sont reliés par les ponts de l’Oka. Ils sont tous routiers, et, même si certains disposent de voies piétonnes, ils ne conviennent peut-être pas à la promenade, comme à Saint-Pétersbourg : la circulation automobile est trop dense et leur longueur fait près d’un kilomètre, mais les constructions sont très pittoresques.

Le pont le plus vieux est le pont Kanavinski (un pont en arc) construit en 1933, quand la ville fêta ses 712 ans et avait besoin d’une connexion avec les nouveaux quartiers industriels, en l’occurrence ceux qui se construisaient aux alentours de l’usine automobile. Avant cela, les deux parties de la ville séparées par l’Oka - qu’on appelle encore Nagornaïa et Zaretchnaïa - étaient isolées : le fleuve était considéré comme une barrière naturelle, protégeant l’avant-poste des ennemis. Pendant des siècles les rives étaient seulement reliées par des bacs, mais au XIXe siècle, quand la Strelka se développa avec la foire de Nijni Novgorod, on jeta sur l’Oka le plus long pont flottant du pays. Le pont Kanavinski le remplaça. Ce n’est pas seulement le plus vieux pont, c’est aussi le plus beau et le plus élégant des ponts de Nijni Novgorod, même s’il est le seul " bossu " : les autres points de franchissement sont planes alors que le Kanavinski est un pont courbe à six arcs.

wikipedia.org/Iouri Lebedev

Le plus récent des ponts de Nijni Novgorod a été achevé en 2009. Son inauguration fut un événement historique : la structure à deux niveaux fait plus d’un kilomètre en longueur, combinant voie automobile et voie de métro, permettant de faire passer la ligne de métro d’une rive de l’Oka à l’autre, et dans le centre historique apparut alors la première station, Gorkovskaïa. Dans la première année suivant sa mise en service le trafic de passagers du métro de Nijni Novgorod a doublé.

A l’extrémité du pont-métro, du côté du quartier Nagornaïa, une vue sur la place des trois églises s’offre au regard : l’église arménienne du Christ-Sauveur, l’église adventiste du Septième jour et l’église orthodoxe de la Résurrection-du-Christ se dressent les unes à côté des autres. L’église arménienne est la plus jeune d’entre elles, elle a été consacrée en 2014. Les églises orthodoxe et adventiste existent quant à elles depuis plus de 100 ans.

Un autre site digne d’intérêt se trouve sous le pont, il s’agit du complexe de moulins d’une des plus riches dynasties de marchands de Nijni Novgorod du XIXe siècle, les Bachkirov. Le bâtiment du moulin, les entrepôts, une fabrique de pâtes et les logements des ouvriers sont protégés par l’Etat et en attente de rénovation. Ces lieux sur la rive de l’Oka sont appelés sloboda de l’Annonciation (le terrain est contigu au monastère de l’Annonciation, situé plus bas dans le sens du fleuve), et les cinéastes affectionnent ces friches industrielles : on y tourne souvent des scènes de films ou de séries contemporaines.