Itinéraire Cité idéale : la Sotsgorod du district d’Avtozavod

Cette ville dans la ville fut fondée en même temps que l’usine automobile (« avtozavod ») de Gorki, créée pour ses ouvriers avant tout. Elle représentait pour la Russie des années 1930 une expérience de construction à grande échelle d’une « cité idéale », utopie incarnée de la ville socialiste du futur, clairement divisée en zones : résidentielle, de travail et « verte ». L’itinéraire couvre les principaux sites de la Sotsgorod (contraction de « ville » et « socialiste » en russe) : un impressionnant immeuble-cité à 55 halls d’entrée, un immeuble en arc de cercle, une grande surface inédite pour l’époque et l’un des plus grands parcs de Nijni Novgorod.

2 à 3 heures

A pied, en transports en commun, en voiture, 7 à 10 km

Pavel Novikov/Welcome2018.com

Le plus simple est de commencer la promenade à partir de la station de métro Park kultury, terminus de la ligne Avtozavodskaya. En métro, le trajet du centre-ville à cet endroit prend environ 20 minutes. A côté de la station se trouve la place centrale du district, la Plochtchad’ imeni Ivana Kiselyova, baptisée en 2005 en l’honneur du directeur général de GAZ ayant été à la tête de l’entreprise des années 1960 aux années 1980. Quant à l’ancien nom de place du Palais, il était dû au Palais de la culture GAZ construit en 1961 pour célébrer les 30 ans de l’entreprise.

La salle de cinéma et de concert (aujourd’hui cinéma Mir) située à proximité a été bâtie en 1937 pour devenir l’un des premiers bâtiments publics de Sotsgorod : on considérait que le club deviendrait une deuxième maison pour l’ouvrier. C’est précisément ce site qui avait été prévu comme futur Palais de la culture. Il fut conçu par Alexandre Grinberg, auteur de nombreux bâtiments constructivistes éparpillés à travers toute la Russie. La conception était unique en son genre : l’architecte Grinberg voulait installer dans le complexe un théâtre de 1800 places, une salle de cinéma et de concert de 800 places, un club et une salle d’éducation physique : le tout sur plus de 130 000 mètres carrés. Mais en fin de compte il ne réussit qu’à construire une salle de cinéma et de concert. Toutefois, sa programmation pouvait faire des envieux du côté de la capitale : l’orchestre de jazz de Léonid Outiossov et le chœur Pianitski s’y produisirent, de même que les acteurs Nikolaï Krioutchkov, Pavel Kadotchnikov et Lioubov Orlova : les billets étaient introuvables. Sur la façade du bâtiment, les sculptures d’une athlète, d’un ouvrier, d’un aviateur et d’une kolkhozienne. 

Pavel Novikov/Welcome2018.com

Le bâtiment du cinéma Mir est adjacent au Parc de la culture et des loisirs : les concepteurs de la Sotsgorod déduisirent logiquement qu’après une séance de cinéma les ouvriers auraient envie de se promener. Le parc fut aménagé en 1935 par les ouvriers de GAZ eux-mêmes : les allées de lilas et de peupliers étaient plantées après les roulements et chaque atelier s’occupait d’une zone en particulier. Au début, l’entrée du parc était payante : les premiers carrousels et pistes de danse de la ville y apparurent, un théâtre fonctionnait l’été, ainsi qu’une grande scène en plein air. Aujourd’hui, le parc occupe plus de 80 ha et obéit à une planification classique : d’une place ovale avec une fontaine partent des allées. Actuellement l’entrée est gratuite.

Pavel Novikov/Welcome2018.com

A partir de la Plochtchad’ Kiselyova, les avenues principales de la Sotsgorod se séparent en rayons, notamment le Prospect Oktyabrya. Au début de cette artère se trouve le principal complexe commercial de l’usine automobile, ouvert en 1937 pour les 20 ans de la révolution d’Octobre. Pour les environs de l’époque (notons que des ouvrages en bois subsistaient par endroits dans ce district) ce site de style constructiviste tardif avec sa façade en verre était très impressionnant. En tant que surface de vente et du point de vue de l’organisation du trafic client, la grande surface d’Avtozavod était considérée comme l’une des meilleures du pays. Le bâtiment a conservé sa fonction, mais désormais l’assortiment de marchandises présentées ici ne diffère pas de ceux des autres complexes commerciaux et est sans doute inférieur à ces derniers. Mais il vaut la peine d’aller y jeter un œil pour apprécier les intérieurs conservés et le fastueux escalier arqué reliant les trois niveaux du magasin.

Pavel Novikov/Welcome2018.com

Deux blocs d’habitations emblématiques de la Sotsgorod ont été baptisés en l’honneur du forgeron de GAZ Alexandre Boussyguine, considéré comme l’un des fondateurs du mouvement stakhanoviste. Selon la légende, les Américains essayèrent d’attirer à Détroit l’ouvrier et sa brigade, qui avaient à plusieurs reprises dépassé leurs objectifs de production, pour qu’ils conseillent les créateurs d’une usine automobile. Mais celui-ci ne se laissa pas séduire, ce qui lui valut d’obtenir un appartement dans l’un des immeubles nouvellement construits.

Les immeubles Boussyguine jaunes sont un ensemble de bâtiments unis par des façades constructivistes semblables les unes aux autres. Dans le temps, il s’agissait de logements très convoités : appartements à plafonds hauts caractéristiques du style empire stalinien, salle de bains individuelle et toute l’infrastructure nécessaire. Le rez-de-chaussée accueillait des magasins, des coiffeurs, des bibliothèques, des caisses d’épargne et la poste.

L’immeuble Boussyguine gris, dont la façade donne sur le Prospect Oktyabrya, au numéro 21, ce sont plusieurs sections d’une hauteur de cinq à huit étages, 55 halls d’immeuble et 450 appartements, formant une immense cour fermée, un quartier à part entière. Les sections sont reliées par d’immenses arches hautes de six étages qui sont visibles depuis l’avenue. Si les appartements des immeubles Boussyguine jaunes étaient attribués aux bons éléments de GAZ, les gris étaient habités uniquement par l’élite de l’usine automobile - grands patrons et ouvriers émérites. Construit selon les plans de l’illustre architecte moscovite Ilya Golossov, cet immeuble est un monument caractéristique du constructivisme tardif. 

Pavel Novikov/Welcome2018.com

En 1939, ce bâtiment fut érigé en tant que gare pour le terminus de la voie ferrée pour enfants, la station Stchastlivaïa. Mais dans les années 1970 une autre fonction s’avéra plus utile : l’édifice fut réaménagé pour être un Palais des mariages. Les intérieurs rappellent le style des palais italiens et font forte impression : grand escalier, salle spacieuse et lumineuse pour l’enregistrement des mariages, nombreuses salles de préparation à la cérémonie... Le palais des mariages d’Avtozavod est considéré à raison comme l’endroit idéal pour les couples préférant une atmosphère d’apparat et toutes sortes de cérémonies officielles. Ce palais des mariages a ses propres traditions : on y célèbre les familles ayant 25, 50 et 60 ans ou plus de vie commune.

Pavel Novikov/Welcome2018.com

Le bloc d’habitations au sein duquel se dresse cet immeuble à sept niveaux fut réalisé par une autre équipe d’architectes vedettes, le studio moscovite des frères Vesnine. L’immeuble est inhabituel non seulement en raison de sa forme, en arc de cercle, mais aussi de la réalisation de sa façade qui consiste en des balcons dispersés en damier et une colonnade sous le toit. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, des canons antiaériens étaient placés en son sommet pour protéger l’usine automobile de l’aviation allemande. Comme dans les immeubles Boussyguine gris, les résidents de l’immeuble en arc de cercle n’étaient pas n’importe qui : seuls des ouvriers d’exception de GAZ et des représentants de l’intelligentsia y habitaient.