Le meilleur de la ville

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Depuis le quai inférieur de la Volga, on peut remonter par l’escalier de Tchkalov, soit plus de 400 marches qui, périodiquement, voient tantôt se disputer une course à pied caritative, tantôt se transforment en amphithéâtre improvisé. Des concerts sont organisés sur la scène proche de l’eau et des matches de football sont retransmis sur de grands écrans plasma.

L’escalier mène au monument à Valeri Tchkalov, aviateur natif de Nijni Novgorod, ayant réussi en 1937 le premier vol sans escale à travers le Pôle Nord entre Moscou et Vancouver. Au pied du monument, on monte une scène de concert à l’occasion de toutes les célébrités municipales d’importance, et pendant les vacances du Nouvel An on y installe des expositions de sculptures de glace.

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Ce quai donne sur la Strelka, point de confluence de la Volga et de l’Oka, sur la cathédrale Alexandre Nevski et sur la Foire de Nijni Novgorod. Une statue de l’écrivain Maxime Gorki, qui passe pour être la représentation la plus romantique de l’écrivain, est installée ici. Les jeunes mariés ont fait de ce quai leur lieu de prédilection pour les séances photo. Comme le veut la tradition, ils viennent accrocher un cadenas sur la rampe du pont piéton. Si vous êtes à la recherche de très belles photos de Samara, le quai Fédorovski est un endroit de rêve pour les réaliser. En été, on peut y contempler les cerfs-volants.
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Grébechok, ou " crête " en russe, est un haut rivage entre les ponts Kanavinski et Molitovski. Jadis, ce mont était tellement dentelé par les ravins, qu’il ressemblait à une crête de coq. Le temps a aplani le relief mais le nom est resté. Les bus touristiques ne passent pas par-là, car les ruelles sont trop étroites. S’y promener à pied est très agréable, cela permet de profiter de la vue sur la route Pokhvalinski, le pont Kanavinski, le monastère de l’Annonciation et les anciens quartiers de la ville autour du moulin abandonné des négociants Bachkirov.
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Plus vieille église de Nijni Novgorod, bâtie au moment de la fondation de la ville en 1221. La cathédrale a brûlé et été rebâtie plusieurs fois (la dernière entre 1628 et 1631, sur ordre de Michel Romanov). Il fut un temps où l’enceinte de la forteresse abritait quatre églises, mais seule la cathédrale Saint-Michel-Archange, où se trouve la sépulture de plusieurs princes de Nijni Novgorod, acquit à l’époque soviétique le statut de filiale du musée d’histoire. C’est précisément ce statut qui a permis de sauver l’église.

Dans l’église reposent les restes de l’illustre habitant de Nijni Novgorod, Kouzma Minine, qui organisa en 1612 un soulèvement populaire pour délivrer Moscou de l’intervention polono-lituanienne. On dit que Minine réunit ses partisans sous les murs de cette cathédrale.

Du point de vue de sa construction, l’église de briques blanches à toit en pavillon est unique en son genre : la nef se marie au clocher de telle sorte que le sonneur de cloches peut regarder la messe. La cathédrale est active, on y organise des cours de catéchisme pour enfants et adultes. Un monument dédié au fondateur de la ville, le prince Gueorgui Vsevolodovitch, et à l’évêque Simon de Souzdal a été inauguré à côté de l’église en 2008.

Comptant parmi les symboles de Nijni Novgorod, la cathédrale à cinq pavillons d’un jaune éclatant sur la Strelka est la cinquième plus haute de Russie après la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, la cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg, celle de la Transfiguration à Khabarovsk et celle de la Résurrection à Pétersbourg. La cathédrale Saint-Alexandre-Nevski fut construite à la demande des marchands qui se rendaient à la foire de Nijni Novgorod, dans la mesure où l’église de la Transfiguration ne pouvait contenir tous les paroissiens. Ceci étant, le nouveau lieu de culte n’était pas censé être si grandiose initialement. Les négociants avaient la modeste intention d’édifier une petite église. Mais, en 1858, Alexandre II vint à la foire avec son épouse et les marchands décidèrent d’immortaliser cet événement par la construction d’une grandiose cathédrale " en signe de fidélité à l’orthodoxie et au trône ".

Ils mirent environ quatre ans à réunir les fonds pour réaliser ce projet. La construction fut dirigée par les architectes Robert Kileveïn et Lev Dahl, fils du célèbre linguiste russe Vladimir Dahl. Le bâtiment principal de l’église ne fonctionnait que l’été, les jours de foire, et l’hiver il n’était même pas chauffé. Néanmoins, la cathédrale était très prisée par les fidèles, ce qui explique en partie pourquoi elle survécut à l’agitation révolutionnaire et fonctionna jusqu’en 1930. Puis, l’exceptionnelle iconostase de 23 mètres de haut fut quand même démantelée et utilisée comme bois de chauffage, l’église courrait le risque d’une destruction pure et simple : le projet de reconstruction du site de la foire prévoyait l’installation d’un monument à Lénine à la place de la cathédrale. Mais au final on ne supprima que les dômes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, à la place du plus gros d’entre eux, on installa une batterie de missiles antiaériens. La reconstruction de l’église commença à la fin des années 1980 et dura plus de 10 ans.

Aujourd’hui, l’église Saint-Alexandre-Nevski a le statut de cathédrale, c’est ici que se rendent les hiérarques de l’Eglise et les personnalités du gouvernement, et elle accueille aussi des reliques sacrées orthodoxes. Ainsi, en 2011, quand on y exposa à l’adoration la ceinture de la Vierge Marie, l’église reçut près de 250 000 visiteurs en trois jours. En plus d’une bibliothèque bien fournie, d’ateliers de peinture d’icônes et de menuiserie, une école de fonderie de cloches est rattachée à l’église. A Pâques, ses élèves organisent des concerts de cloches pendant lesquels tous ceux qui le souhaitent peuvent faire sonner la cloche de l’église.

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Un peu plus haut dans la Oulitsa Pokrovka se trouve le bâtiment de la Banque d’Etat (« Gosbank »). Il a été construit par l’architecte de la cour impériale Vladimir Pokrovski dans le style d’un vieux terem russe pour l’anniversaire des 300 ans de la maison Romanov en 1913. Nicolas II assista à l’inauguration. Ces lieux abritent de nos jours la direction locale de la Banque de Russie. Plusieurs fois par an, elle organise une journée portes ouvertes, ce qui permet à tous ceux qui le désirent d’apprécier les vieux intérieurs conservés (par exemple, un poêle en faïence fonctionnel dans le bureau du directeur) et des fresques réalisées sur la base d’esquisses d’Ivan Bilibine sur des plafonds voûtés. L’horloge de la tourelle installée à droite de l’entrée de la banque est également apparue en 1913. Les employés de la banque continuent de la remonter à la main régulièrement. 

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Le bâtiment actuel du théâtre a été construit en 1935 à l’emplacement de la Maison du peuple, théâtre ouvert à tous et salle de concert, pour la construction de laquelle Maxime Gorki et Fiodor Chaliapine avaient récolté des fonds entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle après être devenus amis à Nijni Novgorod. En 1937, après avoir fini l’Académie russe des arts du théâtre, le futur grand directeur d’opéra russe Boris Pokrovski fut envoyé au théâtre d’opéra et de ballet Gorki (metteur en scène principal du Bolchoï en 1952, de 1955 à 1963 et de 1970 à 1982, en 1972, il fonda le Théâtre de musique de chambre de Moscou et resta son directeur artistique jusqu’à la fin de ses jours). Il mit ici en scène son premier spectacle, l’opéra Carmen, et y travailla jusqu’en 1943. Dans les années 1980, le théâtre devint l’un des premiers de Russie à jouer des représentations hors les murs : L’opéra L’Enchanteresse, de Piotr Tchaïkovski, fut joué sous les remparts du kremlin de Nijni Novgorod, l’opéra Ivan Soussanine de Mikhaïl Glinka dans le monastère Ipatiev à Kostroma, patrie du héros. Aujourd’hui, tout en perpétuant les traditions académiques (le répertoire compte les opéras Ivan Soussanine et La Dame de pique, les ballets Le Lac des Cygnes et la Belle au bois dormant, Peer Gynt) le théâtre explore de nouvelles pistes de développement. Ainsi, en 2014 a eu lieu la première représentation de l’opéra comédie musicale Coco Chanel, les pages d’une vie, dont la musique a été écrite par le recteur du conservatoire de Nijni Novgorod, Edward Fertelmeïster. Et en 2015, Ilia Mojaïski, metteur en scène du Théâtre musical de Moscou K. Stanislavski - V. Nemirovitch-Dantchenko joua sur la scène de Nijni Novgorod l’opéra Les Cosaques du compositeur daghestanais contemporain Chirvani Tchalaïev.

Depuis près de 50 ans, la scène du théâtre accueille une fois par an le Festival artistique d’opéra et de ballet de toutes les Russies « L’Automne de Boldino », et depuis cinq ans, à la fin de chaque saison, le festival d’opérette et de comédie musicale Mon boulevard préféré. Les artistes du théâtre participent aux concerts des « Soirées près de la cheminée » dans le bâtiment du musée d’art sur le quai Verkhnie-Voljskaïa.

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C’est le lieu d’intérêt le plus connu et le plus important de Nijni Novgorod, mais aussi son berceau, car c’est à partir d’ici que la ville commença à se développer. Il existe une version chez les ethnographes, qui veut que le fondateur de Nijni Novgorod, Iouri (ou Gueorgui) Vsevolodovitch (petit-fils du fondateur de Moscou, Iouri Dolgorouki) jetât les fondements du kremlin sur ce rivage élevé, car il aurait été sous le charme de la vue qu’offraient les collines sur la Strelka. La vue est véritablement saisissante, mais la question plus pratique de la sécurité entrait aussi en ligne de compte : même quand elle était en bois, la forteresse protégeait convenablement la ville des ennemis, et le fleuve servait de barrière naturelle. Le kremlin de pierre apparut au XVIe siècle. En plus de bâtisseurs de Pskov, le maître italien Pietro Francesco prit part à la construction et fut rebaptisé Piotr Friazine.

Le kremlin compte 13 tours, qui ont toutes été conservées ou restaurées de nos jours. Chaque tour a sa propre architecture et ses légendes.

L’entrée principale, comme il y a plusieurs siècles, est la massive tour de Dimitri, appelée ainsi en l’honneur de l’église Saint-Démétrius-de-Salonique, qui se tenait jadis en face d’elle. A la place de cette église, on éleva ensuite la cathédrale de l’Annonciation, mais elle n’a pas survécu à l’ère soviétique, pas davantage que les trois autres églises qui se trouvaient sur le territoire du kremlin.

De nos jours, les bâtiments du XVIIIe siècle abritent l’assemblée législative, la philharmonie et la cour d’arbitrage, et, à côté, les bâtiments à l’architecture soviétique accueillent à la fois l’administration régionale et la représentation plénipotentiaire du président dans le district fédéral de la Volga, ainsi que la mairie de la ville et l’assemblée municipale. Le musée d’art moderne se situe dans le bâtiment de l’arsenal militaire de l’époque impérial, le musée d’art dans l’ancienne maison du gouverneur, et le musée des équipements militaires est à ciel ouvert. Ils sont tous en état de marche et sortis de l’industrie locale, la pièce la plus imposante est le tank T-34 produit par l’usine Krasnoïe Sormovo, installé à proximité de la Flamme éternelle et d’une composition sculptée en mémoire des participants à la Seconde Guerre mondiale.

A part sa valeur historique inestimable, chaque habitant de la ville a une histoire très personnelle avec les lieux du kremlin. Au bord du boulevard du Kremlin, les lycéens fêtent leur dernier jour d’école jusqu’au petit matin et les amoureux se promènent, les jeunes mariés viennent déposer des fleurs sous la Flamme éternelle, les parents emmènent les enfants voir l’arbre de Noël de la philharmonie.

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Ce fringant terem situé sur la rive de l’Oka est tout ce qu’il reste de l’énorme complexe de la foire de Nijni Novgorod, qui aura brillé pendant 100 ans et fait de Nijni Novgorod la capitale commerciale de la Russie. La décision d’installer en ville une place marchande d’importance nationale fut prise en 1817 à l’échelon impérial : l’empereur Alexandre Ier discuta personnellement du budget et de toutes les spécificités du projet avec l’architecte Augustin Bétancourt.

Le premier complexe commercial de la foire fut construit en cinq ans, et à la fin du siècle elle occupait une très grande partie de la Strelka avec des dizaines de rues, de places, son théâtre, son cirque et son cinéma. L’activité commerciale baissait deux mois par an (du 15 juillet au 10 septembre), mais quels mois c’était ! L’ambiance qui régnait sur le marché fut comparé aux fêtes du centre de Paris par l’écrivain français Alexandre Dumas père, venu spécialement à Nijni Novgorod pour voir cette place marchande unique en son genre : « La seule idée que l’on puisse se faire du fourmillement qui animait les bords du fleuve est de se rappeler ce que devient la rue de Rivoli un soir de feu d’artifice, quand les bons bourgeois de Paris, après avoir encombré la place de la Concorde, regagnent leurs foyers. »

Dans la galerie du Bâtiment principal le bijoutier Karl Fabergé et le parfumeur Brocard avaient leurs magasins. Plusieurs records et innovations sont à mettre au crédit de la foire. Pour la première fois dans l’histoire du pays, une foire russe atteint le niveau des places marchandes de Hambourg, de Londres, de Paris et les dépassa même en volume d’échanges (la foire de Nijni Novgorod était appelée « la cour d’échanges entre l’Europe et l’Asie »). C’est précisément à la foire de Nijni Novgorod que fut aménagé le premier système de canalisation du pays, présentée la première automobile russe à moteur à essence, le premier radio-récepteur au monde, les premières plantes cultivées dans des sels minéraux... Chaque jour, jusqu’à 300 000 personnes visitaient la foire, ce qui équivalait, à titre de comparaison, à la population de Moscou de l’époque.

A l’époque soviétique la foire cessa pratiquement d’exister : son territoire fut recouvert de logements à plusieurs étages, dans un premier temps le bâtiment principal fut occupé par les autorités municipales, puis par le magasin Dietski Mir. Dans les années 1990, la rénovation progressive de la foire commença, elle fut même présentée à New York, des liens avec des places financières européennes furent établis, des forums auxquels participèrent des experts, hommes d’affaires et politiciens étrangers furent organisés.

En 1993, au cours de sa première visite en Russie, le Premier ministre britannique Margaret Thatcher vint voir la foire et, un an et demi plus tard, ce fut le tour de son successeur, John Major. Parmi les invités du forum Grands fleuves, qui est toujours organisé de nos jours à la foire de Nijni Novgorod sous l’égide de l’UNESCO, on a compté le scientifique et voyageur norvégien Thor Heyerdahl, le commandant et explorateur océanique français Jacques-Yves Cousteau ou l’architecte japonais Kisho Kurokawa.

Aujourd’hui, le Bâtiment principal de la foire a conservé les intérieurs et les fonctions attribués lors de sa fondation. La salle des armoiries, décorée des blasons des régions russes, accueille de nouveau des délégations étrangères de haut rang dans le cadre de sommets internationaux, de forums et de cocktails mondains.