Sur les traces de l’ataman et de ses troupes

Vous saurez tout sur l’histoire de la cosaquerie du Don en visitant ses capitales, l’ancienne et l’actuelle, soit la ville de Novotcherkassk et la stanitsa (village cosaque) de Starotcherkassk. 

Valeri Matytsine/TASS

L’itinéraire commençant dans la ville de Novotcherkassk est plus adapté au voyage en voiture. Rostov-sur-le-Don se trouve à mi-chemin de ce trajet. A partir de Novotcherkassk, il faut suivre les indications sur le bord de la route qui mènent à la stanitsa de Starotcherkassk, puis sortir sur la voie M4 et, en contournant la rive gauche du Don, prendre la route P268 jusqu’à Azov. Depuis Azov, il convient de retourner vers Rostov et de rejoindre la route E58 par la rue Malinovski. Cette route permet d’aller jusqu’à Taganrog, à mi-parcours il faut tourner vers la réserve archéologique de Tanaïs.

Jusqu’en 1805, la capitale de la cosaquerie du Don était Tcherkassk (aujourd’hui, c’est la stanitsa de Starotcherkassk qui tient ce rôle), mais les constructions y étaient si densément rapprochées qu’il était difficile de lutter contre les effets des incendies et les inondations annuelles dues à la crue du Don. Matveï Platov, ataman des cosaques du Don, futur héros de la Guerre patriotique de 1812, demanda à Alexandre Ier l’autorisation de transférer la capitale à un autre endroit. Il reçut non seulement l’autorisation de l’empereur, mais aussi l’ordre de concevoir lui-même le plan de la future ville. Platov décida de construire la nouvelle ville selon le modèle européen sur une hauteur au-dessus des rivières Aksaï et Touzlov. Le 18 mai 1804, le jour de l’Ascension de Jésus, Novy Tcherkassk fut fondée en ces lieux. Le déplacement en grande pompe de la capitale eut lieu un an plus tard, mais le chantier se poursuivit encore de longues années.

De cette époque sont restés deux arcs de triomphe érigés en l’honneur de la victoire sur les Français dans la Guerre patriotique de 1812 pour la venue d’Alexandre Ier : les cosaques ne savaient pas par quel côté arriverait le tsar, voilà pourquoi ils placèrent un arc sur chacune des deux artères principales.

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Les cendres de Matveï Platov reposent dans la cathédrale militaire de l’Ascension à laquelle Cyrille, patriarche de toute la Russie, a donné en 2014 le statut patriarcal, à égalité avec la cathédrale de la Dormition du Kremlin de Moscou.

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Les principales reliques des cosaques - insignes précieux, armes d’honneur et autres attributs - sont conservées au Musée d’histoire de la Cosaquerie du Don et dans sa filiale du palais de l’Ataman.

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La stanitsa de Starotcherkassk est l’ancienne ville de Tcherkassk et la capitale historique de la cosaquerie du Don. L’église principale de la stanitsa, la cathédrale militaire de la Résurrection, a été consacrée en 1719. Pierre Ier, qui avait interdit par décret de construire des bâtiments en pierre ailleurs qu’à Saint-Pétersbourg, insista lui-même pour que cette cathédrale stratégique soit faite en pierre et prit même part à la pose des fondations, ce dont témoigne une plaque sur l’un des murs de l’église. 

L’ornement principal de la cathédrale est l’iconostase sculptée dorée réalisée par l’iconographe moscovite Egor Grek et qui inclut 150 icônes. Autres détails remarquables : le vieux panikadilo (lustre) d’une demi-tonne et les chaînes accrochées à l’entrée. On pense qu’elles servirent à enchaîner l’ataman Stepan Razine avant qu’il ne soit condamné à mort pour avoir mené un soulèvement à Tcherkassk.

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La cathédrale militaire de la Résurrection fait partie du Musée-réserve historique et architectural fondé en 1970 avec le concours de Mikhaïl Cholokhov. L’écrivain proposa de restaurer les bâtiments historiques et d’y installer un Musée de la cosaquerie du Don. Désormais, le palais de l’Ataman abrite une exposition intitulée « Histoire de la cosaquerie du Don du XVIe au XXe siècles ». 

La maison du cosaque Kondrati Boulavine propose une exposition sur ce dernier et le soulèvement qu’il suscita en 1707. La maison du cosaque Stepan Efremov est quant à elle dédiée aux traditions culinaires du Don.

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La prochaine étape de l’itinéraire est le vieil Azov. Son principal site d’intérêt est le Musée-réserve historico-archéologique et paléontologique qui contient bon nombre de pièces d’exposition uniques en leur genre. Elles ont toutes été découvertes lors de fouilles aux alentours d’Azov. 

En passant d’une salle à l’autre, on peut se faire une bonne représentation du monde antique à partir de l’exemple d’une ville en particulier. La section paléontologique conserve des restes de parents préhistoriques des éléphants, des rhinocéros et des girafes : le deinothérium, le mammouth des steppes, l’elasmotherium du Caucase et la girafe d’Azov. L’exposition « Trésors des nomades d’Eurasie » est consacrée à la culture des Scythes et des Sarmates. Des salles distinctes sont dédiées aux époques où Azov faisait partie de la Horde d’or et de l’Empire ottoman, ainsi qu’aux trois derniers siècles, de Pierre Ier à nos jours. Et tout cela avec une description détaillée, une grande quantité d’artefacts, de costumes, d’armes, de reconstitutions et d’écrans interactifs sur lesquels on peut, par exemple, voir comment était organisée la forteresse d’Azov à l’époque de la guerre russo-turque.

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De la forteresse d’Azov en elle-même il ne reste à notre époque que des talus de terre à partir desquels s’ouvrent de magnifiques vues sur les environs.
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Entre Rostov et Taganrog, un peu excentré de la route principale, se trouve Tanaïs, l’un des plus vieux musées-réserves archéologiques de Russie. Cette ville antique fut érigée et détruite plusieurs fois à cet endroit depuis le IIIe siècle avant notre ère. Elle fut d’abord grecque, ensuite sarmate, puis italienne et turque, avant de devenir russe en 1736. 

Les vestiges de Tanaïs furent découverts au début du XIXe siècle par le colonel Ivan Stempkovski, mais les fouilles ne commencèrent que 30 ans plus tard et se poursuivent de nos jours. Les ruines de la ville occupent des hectares de terrain. Pour s’en faire une représentation, les scientifiques ont installé sur son territoire plusieurs maquettes et reconstitutions d’édifices antiques : une hutte méote, un pont romain et un sanctuaire polovtse. Tout ce qui est découvert au cours des fouilles - armes, amphores, bijoux, habits, monnaie, tablettes gravées - rejoint les collections du musée qui se trouvent sur le territoire de la réserve. 

A Tanaïs, des visites guidées interactives et une école d’artisanat donnant des leçons de céramique et de feutrage sont prévues pour les enfants. Les touristes ont la permission d’installer leur tente sur le territoire de la réserve.

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La Maison-musée d’Anton Pavlovitch Tchekhov, qui a récemment célébré ses 100 ans, est l’une des cartes de visite de Taganrog. Dans ce bâtiment construit en 1850, la famille Tchekhov déménagea en 1859, et un an plus tard le futur grand dramaturge y vit le jour. La maison-musée n’est pas bien grande mais l’exposition qui s’étale sur 30 mètres carrés impressionne : objets du quotidien, livres, icônes de la seconde moitié du XIXe siècle, photographies et documents de la famille Tchekhov y ont été conservés.

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Il est impossible de manquer le premier des endroits liés aux Tchekhov de Taganrog. Les visiteurs de ce musée original sont accueillis par l’enseigne « Thé, Sucre, Café et autres marchandises coloniales ». Le père de l’écrivain, Pavel Tchekhov, installa sa famille dans ce bâtiment en 1869 après avoir ouvert au rez-de-chaussée une boutique dans laquelle on pouvait acheter des parfums, des sucreries, du savon, des aliments fumés et même des icônes. Aujourd’hui encore, on peut acheter du thé et du café en vrac à la boutique. L’exposition du musée est située au premier étage. C’est ici qu’Anton Pavlovitch passa son enfance et sa prime adolescence. Les photographies familiales, le décor et les objets du quotidien des années d’enfance de Tchekhov présentent un certain intérêt.

wikipedia.org/vow

La troupe dramatique de Taganrog fut organisée en 1827. Après près de 40 ans d’existence du théâtre, ayant rencontré le succès dans les villes de Rostov-sur-le-Don et Novotcherkassk, son propre bâtiment fut érigé sur fonds publics en 1866. Les auteurs du projet étaient l’architecte italien Londerone et le riche académicien Nikolaï Troussov. Le théâtre a joué et continue de jouer un grand rôle dans la vie culturelle de tout le sud de la Russie.