Le meilleur de la ville

Depuis les entrepôts Paramonov, on a une vue magnifique sur le Don et sur sa rive gauche, que tout le monde appelle Levberdon. Il n’y a presque pas d’immeubles d’habitation ici, Levberdon étant le Las-Vegas local, même s’il n’y a pas de casinos, mais des dizaines de boites de nuit, d’hôtels et de restaurants, pour tous les goûts et toutes les bourses. Le long du quai s’étendent des kilomètres de restaurants de grillades où toutes les viandes possibles sont cuites au barbecue : mouton et foie de veau, ailerons de poulet et steaks de porc : tout cela étant généreusement accompagné de légumes et de sauces. Un nouveau stade a été construit sur la rive gauche du Don (Levberdon) à l’occasion de la Coupe du Monde de la FIFA™. Les gérants des cafés et restaurants locaux y attendent les supporters avec impatience.
Valery Matytsine/TASS

Le vieil ensemble résidentiel est concentré autour de la rue Pouchkine et de la Grande rue des Jardins. Il vaut mieux s’y déplacer à pied, mais on peut prendre une marchroutka ou un taxi pour atteindre la rive gauche du Don. L’itinéraire commence dans l’une des artères principales de la ville, la rue Pouchkine. C’est plus qu’une rue, c’est un boulevard vert pittoresque, planté d’épicéas, de bouleaux et de lilas. Cette rue historique s’appelait Kouznetskaïa, mais en mémoire du grand poète russe, qui vint plusieurs à Rostov en route vers les stations du Caucase, elle fut renommée en 1885. Le monument dédié au poète Pouchkine apparut ici bien plus tard, en 1956. Dans les années 2000, des sphères forgées représentant des épisodes de la vie de Pouchkine et des scènes de son roman en vers Eugène Onéguine furent installées sur le boulevard.

Des deux côtés du boulevard se dressent des propriétés évocatrices de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.  Selon la légende, au début du XXe siècle, la maison au n° 79 fut importée d’Italie par morceaux par le riche entrepreneur Ivan Souprounov. Au n° 83 vivait Sabina Spielrein, l’une des premières femmes psychanalystes au monde, élève de Carl Jung et Sigmund Freud. La propriété néoclassique de l’éditeur Nikolaï Paramonov a été construite selon un plan de Leonid Eberg, architecte de Moscou invité en 1911 pour « gérer les constructions à Rostov ».

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Autour de la place de la Cathédrale, près de l’avenue Boudienny, s’étend le marché central, qu’on appelle aussi Vieux bazar, ou même Starbaz (abréviation russe). Ici, on peut acheter de tout, du saucisson aux étoffes de tissu. Des centaines de mètres carrés de viande, et ce n’est pas une figure de langage : filets mignon, filets, entrecôtes, jarrets et marbré de bœuf. Tout cela est de la première fraîcheur et de la meilleure qualité. A côté, ce sont les poissons : les petits s’achètent sur les étals du bazar, les gros, comme la truite, l’esturgeon, le  mulet gris et la carpe commune, auprès de remorques automobiles où ils nagent dans des aquariums. Il y a des boîtes de caviar de trois litres. Les allées pittoresques de fruits et légumes sont beaucoup plus riches l’été que les autres saisons, mais comme Rostov est une ville méridionale et que l’été y dure d’avril à novembre, pommes, pêches, fraises et pastèques se trouvent presque toute l’année au marché.

Près du marché central, un marché fermier se tient le week-end. De toute la région fertile de Rostov y affluent des légumes, fruits, herbes, écrevisses vivantes capturées dans la rivière Manytch, miel de bruyère, lait cuit, saucisses maison, fromages et fromage blanc.  Les prix sont très bon marché, et en se rapprochant de la fermeture, vers deux heures, ils ne sont plus que symboliques.

Parallèlement à la rue Pouchkine, un peu plus près du Don, passe la rue centrale de Rostov, la Grande rue des Jardins. Elle concentre la vie administrative, commerciale et culturelle de la ville. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, cet endroit se trouvait à l’extérieur de la ville et était un grand jardin. Mais Rostov s’est rapidement étendue, et dès les années 1870 y apparut une rue, qui se peupla rapidement de banques, d’hôtels, de magasins et de maisons de riches Rostoviens. Nombre de ces demeures nous sont parvenues. Par exemple, la Maison aux Cariatides au n° 27 de la Grande rue des Jardins, construite pour l’actrice du théâtre de Rostov, Margarita Tchernova, par l’un de ses admirateurs. A son époque, on y organisait de somptueux bals, Fiodor Chaliapine y chantait et Nikolaï Goumilev y déclamait des poèmes.

La maison de commerce Iablokov au n° 64 de la Grande rue des Jardins accueillait non seulement des magasins mais aussi un cabaret célèbre à Rostov et l’un des premiers électro-biographes du sud de la Russie (c’est ainsi que l’on appelait le cinéma au début du XXe siècle). Le bâtiment le plus élégant est l’immeuble du n° 47, c’est la Douma municipale, construite par le recteur de l’Académie impériale des Arts, Alexandre Pomerantsev. Elle rappelle partiellement le GOUM de Moscou, et ce n’est pas un hasard :  Pomerantsev est l’auteur des Galeries supérieures.

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Dans la charmante demeure de l’avocat Alexandre Petrov, au 115 de la rue Pouchkine, se niche depuis 1938 le Musée des Beaux-Arts. Sa collection comprend des natures mortes de « petits Hollandais », des tableaux à sujets de l’atelier de Rubens, des vases et coffrets chinois, des sabres de samouraï, une gravure de Piranesi et de l’art russe allant d’icônes du XVIe siècle aux Ambulants et aux collages du XXIe siècle.

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L’histoire des propriétés rostoviennes est racontée au Musée ethnographique, au n° 79 de la Grande rue des Jardins. Une intéressante collection y est réunie, dans laquelle entrent des artefacts de l’époque préhistorique comme des haches en pierre de peuples primitifs, une maquette de la forteresse Saint-Dimitri-de-Rostov et le diorama « Animaux et oiseaux chez eux à la maison » qui met en scène la vie des occupants de la région de Rostov. 

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Les cendres de Matveï Platov reposent dans la cathédrale militaire de l’Ascension à laquelle Cyrille, patriarche de toute la Russie, a donné en 2014 le statut patriarcal, à égalité avec la cathédrale de la Dormition du Kremlin de Moscou.

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Les principales reliques des cosaques - insignes précieux, armes d’honneur et autres attributs - sont conservées au Musée d’histoire de la Cosaquerie du Don et dans sa filiale du palais de l’Ataman.