Promenade à Taganrog

Ville imprégnée des traditions marchandes, remplie de lieux liés à Tchekhov, de vieilles demeures superbement conservées et de musées intéressants, comptant une forteresse militaire jadis puissante et lieu de mouillage de la flottille de Pierre le Grand... Taganrog mérite qu’on lui consacre au moins une journée entière. Tous les sites d’intérêt principaux sont situés dans le centre historique.

Valery Matytsine/TASS

L’immeuble d’habitation de la rue Alexandre est un monument constructiviste bâti en 1932. L’architecte Mikhaïl Kondratiev l’a construit dans le cadre d’une expérience : obtenir une résistance maximale en utilisant le moins de matériaux de construction. La particularité de l’immeuble, en plus des caractéristiques acoustiques exceptionnelles de sa cour circulaire fermée, est son balcon commun, auquel mène tous les appartements d’habitation des étages supérieurs. Il y a quelques années, l’immeuble a célébré les 80 ans du jour de son édification et a été rénové pour l’occasion.

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Il est impossible de manquer le premier des endroits liés aux Tchekhov de Taganrog. Les visiteurs de ce musée original sont accueillis par l’enseigne « Thé, Sucre, Café et autres marchandises coloniales ». Le père de l’écrivain, Pavel Tchekhov, installa sa famille dans ce bâtiment en 1869 après avoir ouvert au rez-de-chaussée une boutique dans laquelle on pouvait acheter des parfums, des sucreries, du savon, des aliments fumés et même des icônes. Aujourd’hui encore, on peut acheter du thé et du café en vrac à la boutique. L’exposition du musée est située au premier étage. C’est ici qu’Anton Pavlovitch passa son enfance et sa prime adolescence. Les photographies familiales, le décor et les objets du quotidien des années d’enfance de Tchekhov présentent un certain intérêt.

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La Maison-musée d’Anton Pavlovitch Tchekhov, qui a récemment célébré ses 100 ans, est l’une des cartes de visite de Taganrog. Dans ce bâtiment construit en 1850, la famille Tchekhov déménagea en 1859, et un an plus tard le futur grand dramaturge y vit le jour. La maison-musée n’est pas bien grande mais l’exposition qui s’étale sur 30 mètres carrés impressionne : objets du quotidien, livres, icônes de la seconde moitié du XIXe siècle, photographies et documents de la famille Tchekhov y ont été conservés.

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Le Musée d’Art de Taganrog est également associé au nom d’Anton Tchekhov. Selon les témoignages de ses contemporains, c’est en 1896 qu’il pensa pour la première fois à mettre en place un musée avec une collection de toiles de peintres russes. Deux ans plus tard, avec la participation de Tchekhov et de l’homme public, mécène et futur maire de Taganrog, Pavel Iordanov, une galerie fut fondée. Elle présenta rapidement quatre dizaines de tableaux de peintres célèbres. Ils furent transférés dans le fonds du musée avec la participation d’un ami de Tchekhov, le peintre Ilya Répine. Aujourd’hui, la collection du musée est considérée comme l’une des plus représentatives du sud de la Russie. Parmi les joyaux de la collection, des tableaux de Valentin Serov, Constantin Korovine, Isaac Levitan, Arkhip Kouïndji, Ivan Aïvazovski, Ilya Répine, Vladimir Borovkiskovski et Ivan Chichkine. Les gravures et sculptures rassemblées présentent elles aussi un intérêt certain. En 1975, le musée s’est vu confier la demeure d’Anton Khandrine, un des riches marchands de Taganrog de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, magnifiquement préservée.

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La troupe dramatique de Taganrog fut organisée en 1827. Presque 40 plus tard, le collectif, dont les tournées récoltaient du succès dans les villes voisines de Rostov-sur-le-Don et Novotcherkassk, obtint son propre bâtiment. Le bâtiment à deux niveaux de style néoclassique a été construit sur les fonds des habitants en 1866. Les auteurs du projet étaient l'architecte italien Londerone et l’académicien d’architecture Nikolaï Troussov. Le théâtre a joué un rôle énorme dans la vie culturelle de l’ensemble du sud de la Russie. Le répertoire se composait d’un grand nombre d’opéras, parmi lesquels des œuvres de Piotr Tchaïkovski, Mikhaïl Glinka et Giueseppe Verdi. En 1896, la scène du théâtre vit le triomphe de la pièce d’Anton Tchekhov intitulée La Mouette.

Cent ans plus tard, les habitants aiment toujours autant ce théâtre. Nombre de ses mises en scène attirent des amateurs de théâtre venus des villes voisines.

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Comptant parmi les architectes étrangers les plus célèbres des XIXe et XXe siècles, Fiodor Schechtel s’essaya à différents styles architecturaux : néoclassicisme, éclectisme et même gothique, mais ses véritables chefs d’œuvre appartiennent au style art nouveau. L’un de ces projets est une maison construite à Taganrog sur commande d’un riche marchand de pain, Evgueni Charonov. De l’extérieur, la maison rappelle le bâtiment de la gare de Iaroslavl à Moscou. La partie droite du bâtiment est orné du panneau de la « Bataille navale », réalisé d’après un croquis du célèbre peintre russe Viktor Vasnetsov. Sur les portes du côté gauche, on peut voir des masques de lion, œuvres de Mikhaïl Vroubel. Depuis 1981, la Maison Charonov abrite le Musée de l’Urbanisme et de la Vie quotidienne avec une vaste collection d’objets de tous les jours des habitants locaux du XVIIIe au XXe siècles et une curieuse collection d’exemplaires de l’art décoratif et appliqué.

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Taganrog est réputée pour la grande quantité de bâtiments de la seconde moitié du XIXe siècle bien conservés qu’elle abrite. Les amateurs d’architecture ancienne et éclectique feraient bien de prêter attention à la maison du marchand Nikolaï Rafaïlovitch. L’édifice, bâti dans les années 1860, fut acquis par la famille Rafaïlovitch à la fin des années 1880. A l’heure actuelle, la maison a besoin d’une rénovation, mais conserve malgré tout des éléments intéressants à observer. L’asymétrie de la façade renvoie le spectateur attentif au baroque et au classicisme et toute une série d’éléments sculpturaux ornant le bâtiment ont été réalisés selon le projet du célèbre sculpteur et peintre de Taganrog Leonid Egorov.

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Le propriétaire d’une des propriétés les plus raffinées de Taganrog, Nikolaï Alferaka, descendait d’un belligérant de la guerre russo-turque de 1768-1774, le grec Dmitri Alferaka, qui s’installa dans les environs d’Azov après avoir reçu de l’impératrice Catherine la Grande son titre de noblesse. Ses descendants, après avoir commandé la construction d’un palais à l’architecte Andreï Stackenschneider, y vécurent environ 30 ans, de 1848 à 1878.

La propriété Alferaka, avec ses portiques et ses colonnes nous étant parvenus, est un authentique palais classique, tant dans sa décoration intérieur qu’extérieur. Elle fut longtemps le centre de la vie culturelle de la ville. Le jeune collégien Anton Tchekhov venait souvent y écouter des concerts de musique classique et le compositeur Piotr Tchaïkovski, ainsi que l’acteur Mikhaïl Chtchepkine, y vinrent plus d’une fois. Depuis 1927, le bâtiment abrite le Musée d’Histoire et d’Ethnographie et sa riche collection d’antiquités paléolithiques, néolithiques et sarmates.

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Le monument à l’empereur russe Alexandre Ier, qui termina ses jours à Taganrog, fut installé peu après sa mort en 1831. Les travaux sur le projet, financé par la famille impériale des Romanov, furent confiés aux éminents maîtres russes Ivan Martos et Avraam Melnikov. A la demande de la veuve de l’empereur, la sculpture fut installée au centre de l’actuelle place Alexandre. C’est là que se trouvait un monastère dans lequel eurent lieu les funérailles du souverain. En 1920, le monument fut démonté et détruit, mais pour les 300 ans de Taganrog, célébrés en 1998, il fut reconstitué sur la base des croquis conservés. Il est intéressant de noter que, jusqu’en 2014, la sculpture de Taganrog était la seule de Russie dédiée à Alexandre Ier.

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Le monument à Faïna Ranevskaïa est un des plus récents de Taganrog. La légendaire artiste populaire de l’URSS vit le jour à Taganrog en 1896. Avant de déménager à Moscou, elle travailla dans des théâtres provinciaux de Russie, en Azerbaïdjan et en Ukraine, se couvrant de gloire non seulement dans des rôles sur scène et sur grand écran (avec les comédies L’Hospice, Le Mariage, Le Printemps, Le Lent voyageur du ciel et autres), mais aussi pour ses petites phrases, beaucoup d’entre elles étant devenues des aphorismes. La sculpture en bronze de l’artiste, œuvre du maître de Rostov David Begalov, se dresse face à la maison de la rue Nicolas (aujourd’hui rue Frounze) dans laquelle la future actrice célèbre passa son enfance. Le monument fut inauguré en 2008, et, pour 2016, les autorités municipales prévoient d’ouvrir un Musée Ranevskaïa dans cette maison.

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La maison du frère du célèbre compositeur, l’officier de Marine en retraite Hippolyte Tchaïkovski, fut construite en 1871 selon les plans de l’architecte Mikhaïl Petrov.  Tchaïkovski vécut dans cette demeure de 1883 à 1894 et, pendant cette période, reçut la visite de son célèbre frère Piotr. A cause du tremblement de terre de 1927, la maison fut partiellement détruite, mais elle fut par la suite restaurée et, aujourd’hui, elle est voisine d’un des endroits principaux de Taganrog, l’Escalier de pierre, et retient l’attention des touristes et des hôtes de la ville avec sa tourelle surmontée d’une flèche et d’une girouette en forme de voilier.

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Autre carte de visite de Taganrog, l’Escalier de pierre, pas aussi célèbre que l’escalier du Potemkine d’Odessa, n’en est pas moins beau. L’auteur de ces deux projets était l’architecte italien Francesco Boffo. L’Escalier de pierre, construit sur les fonds du mécène Guérassime Depaldo et ayant porté son nom pendant quelques temps, est plus vieux que celui d’Odessa de 12 ans. Depuis près de deux siècles, à partir de 1823, les habitants de Taganrog et les visiteurs de la ville descendent l’Escalier de pierre vers le quai Pouchkine. L’Escalier commémore et perpétue la gloire des armes russes. Au plus fort de la Guerre de Crimée, en 1855, c’est sur ses marches que les cosaques du Don stoppèrent l’escouade anglaise se préparant à l’assaut de la ville après des tirs d’artillerie depuis la mer.

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Quai principal de la ville, il a été construit au début du XIXe siècle et portait initialement le nom du comte Mikhaïl Vorotsov, homme d’Etat important et général-gouverneur de Novorossiisk. En 1952, il fut nommé en l’honneur du grand poète russe Alexandre Pouchkine, qui était passé par Taganrog au cours de l’année 1820. Jusqu’au début du XXe siècle, alors que Taganrog restait un important port marchand du sud de la Russie, il y avait ici des entrepôts et une voie ferrée longeait le rivage. La restructuration du quai commença en 1949 et, à la fin du XXe siècle, pour les 300 ans de Taganrog, il changea radicalement, étant élargi et amélioré. Vues pittoresques sur le golfe de Taganrog et possibilité de descendre et de se promener au bord de l’eau en font l’un des endroits de détente préférés des habitants et des touristes.

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Le monument à Pierre le Grand, empereur russe et fondateur de Taganrog, œuvre du célèbre sculpteur Mark Antokolski, fut installé en 1903. On considère que l’un des auteur de l’idée d’immortaliser le tsar-réformateur dans le bronze était Anton Tchekhov. Antokolski travailla longtemps et laborieusement sur le projet, en s’appuyant sur des croquis du peintre Ivan Kramskoï qui avait réalisé le masque mortuaire de Pierre, mais aussi sur l’uniforme authentique d’officier du régiment Préobrajenski du début du XVIIIe siècle. Il est intéressant de noter que seul le monument de Taganrog est une œuvre originale du grand sculpteur. Beaucoup d’autres monuments à Pierre célèbres se trouvant à la galerie Tretiakov à Moscou, à Peterhof, à Saint-Pétersbourg et Arkhangelsk sont des copies de la sculpture d’Antokolski.

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La légendaire dynastie du cirque Dourov offrit au monde une véritable pléiade de formidables artistes, dont l’un des plus brillants représentants était Anatoli Anatolievitch Dourov, dresseur, clown et neveu du fondateur de la dynastie, Vladimir Leonidovitch Dourov. A son retour de tournées européennes couronnées de succès, Anatoli Dourov s’installa à Taganrog où il vécut et travailla de 1926 à 1940. Le musée est installé dans la demeure du prêtre Grigori Potselouïev, construite en 1900 dans la tradition architecturale de l’art nouveau. Parmi les pièces d’exposition : documents historiques, photographies, affiches, lettres, ainsi que des extraits d’un film documentaire des années 1920 montrant des performances du grand artiste.

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Plusieurs croyances sont directement associées à la principale église orthodoxe de Taganrog, monument architectural du XVIIIe siècle. Selon la légende, Pierre le Grand établit son campement à cet endroit précis au cours de sa première campagne vers la mer d’Azov. La deuxième histoire est liée à la cloche de l’église dite « brumeuse » ou de Kherson. On considère qu’elle a été fondue à Taganrog en 1778 à partir de canons capturées aux Turcs. Au début du XIXe siècle, sur décret d’Alexandre Ier, la cloche fut transférée à Sébastopol, d’où, pendant la guerre de Crimée, les troupes alliées l’emportèrent à Paris en guise que trophée. Grâce aux efforts des diplomates russes, la cloche de Taganrog retourna en Russie en 1913 et se trouve depuis à Kherson.

La guerre de Crimée a laissé sa trace non seulement dans les légendes à propos de la cloche « brumeuse », mais aussi sur les murs de l’église Saint-Nicolas-le-Thaumaturge : traces des bombardements des navires de l’escadre franco-anglaise, qu’on distingue encore sur l’un d’entre eux.

Parmi les objets sacrés de l’église particulièrement vénérés, il y a surtout les reliques de Saint Paul de Taganrog, saint patron de la ville et l’un des principaux saints du sud de la Russie.

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On peut combiner la promenade dans le vieux cimetière de Taganrog, ouvert en 1803, avec la visite de la chapelle et du tombeau de Saint Paul de Taganrog, qui attirent des milliers de pèlerins venus de tout le pays. En plus du patron céleste de la ville, sont inhumés dans le cimetière le célèbre artiste de cirque Anatoli Dourov, l’écrivain pour enfants Ivan Vassilenko, les généraux russes Nikolaï Krasnov et Pavel Rennekampf, ainsi que le voyageur et historien Aleksandr Lakier. Grâce aux efforts d’ethnographes volontaires, le vieux cimetière s’est récemment doté d’un site Internet avec une sélection de documents historiques et d’ouvrages d’intérêt.