Itinéraire. Chaussée de Moscou (Moskovskoye Shosse)

La chaussée de Moscou (Moskovskoye Shosse) est apparue au XVIIIe siècle en tant que route vers la résidence impériale de Tsarskoïe Selo et, au-delà, jusqu’à Veliki Novgorod et Moscou. Jadis, cette voie s’appelait Grande route de Moscou ou route de Novgorod. De nos jours, la chaussée fait partie de la route européenne E105 grâce à laquelle on peut effectuer le trajet entre la Norvège et la Crimée. Mais même en s’arrêtant à 90 kilomètres de Saint-Pétersbourg, à la propriété de Marino, en consacrant en tout et pour tout une journée au voyage, il est possible de voir beaucoup d’endroits intéressants. Mieux vaut parcourir la chaussée en voiture. Quant à la découverte de Tsarskoïe Selo, il convient d’y consacrer une journée entière, si ce n’est deux.

Une journée en voiture

Iouri Belinskiï/TASS

Pavlovsk est une petite ville au bord de la rivière Slavianka s’étant développé autour du palais de Pavlovsk et ayant attiré de nombreux personnages illustres. Anna Akhmatova a écrit sur Pavlovsk, des personnages du roman L’Idiot de Fiodor Dostoïevski vivent dans une datcha près de Pavlovsk et les hommes de lettres Nikolaï Karamzine et Vassili Joukovski y séjournaient. Au XVIIIe siècle des villages finlandais s’élevaient à cet endroit et les bois actuels virent se dérouler des chasses pour Catherine II. L’impératrice offrit les lieux à son fils Paul. C’était au mois d’octobre 1777 et, à partir de ce moment-là, l’histoire du village de Pavlovsk débuta. Après l’aménagement du terrain pour le compte du futur empereur Paul, deux manoirs, des jardins et des parterres de fleurs furent construits. En 1786, à la place des modestes demeures, un palais inspiré des villas palladiennes fut érigé, conçu par l’architecte Charles Cameron, autour duquel on aménagea un magnifique parc paysager. En 1784, on y acheva la construction de l’église Sainte-Marie-Madeleine sur les plans de Giacomo Quarenghi (Sadovaya Oulitsa, 17).

Paul, qui entretenait des relations difficiles avec sa mère, n’aimait pas Pavlovsk et offrit le village à son épouse Maria Fiodorovna, prenant Gatchina pour résidence. C’est justement sous Maria Fiodorovna que fleurirent les plus belles fleurs dans le parc local, et que les plus brillantes soirées furent données dans le palais. Après sa mort, la vie mondaine de Pavlovsk s’interrompit jusqu’à ce qu’en 1838 la ville ne devienne le terminus du premier chemin de fer de Russie, celui de Tsarskoïe Selo. La gare locale accueillait régulièrement des concerts à destination du gratin. Dans la seconde moitié du siècle, Johann Strauss (fils) y dirigea ses valses plus d’une fois et d’autres grands musiciens s’y produisirent. A la fin du XIXe siècle, les environs se transformèrent en une zone de résidences secondaires agréable et très prisée. De 1918 à 1944, la ville s’appela Sloutsk, en mémoire de la révolutionnaire Vera Sloutskaïa, morte en ces lieux. Pendant la Seconde guerre mondiale, il ne restait presque plus rien du palais et du parc. Une partie des pièces d’exposition avait été emportée par l’armée soviétique avant l’arrivée des fascistes mais tout le reste fut incendié ou pillé. Le palais et le parc ne furent reconstitués qu’en 1957.  Depuis 1989, le complexe est classé à l’UNESCO.

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En 1727, l’impératrice Catherine Ire offrit ses terres à son frère, Karl Skavronski, qui reçut en plus d’un manoir le titre de comte. L’endroit fut nommé Slavianka du Comte. La propriété se transmit dans la descendance de la famille Skavronski avant que le comte italien Giulio Litta n’en hérite après s’être marié à Catherine Engelhardt, veuve de Pavel Skavronski. L’Italien y construisit un château orné de boucliers et d’armures de chevaliers. En 1829, elle devint la propriété de Ioulia Skravonskaïa (Samolovaïa), qui décida de reconstruire la demeure.

C’était un espace confortable, avec des salles de séjour, des chambres à coucher, des bibliothèques, une salle de billard, un bureau et un escalier orné de sculptures de lions. La maîtresse des lieux accueillait des invités dont une partie était des francs-maçons. En 1847, le domaine devint la propriété de Nicolas Ier, après quoi il commença à être appelé Slavianka de l’Empereur. A la toute fin du XIXe siècle, un orphelinat ouvrit ses portes dans la Slavianka de l’Empereur. Au cours de l’année 1919, l’Armée rouge libéra la localité des troupes de Ioudenitch et l’endroit fut surnommé Slavianka Rouge. Après la révolution, le bâtiment de la datcha Samoïlova abrita une Maison des scientifiques. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le quartier général des fascistes de la division Azul fut installé dans la propriété. En 1943, lors de la libération de Slavianka, cette dernière fut détruite. Après la guerre, sur le territoire du domaine, on ouvrit la fabrique Dynamo produisant des articles de sport. En 2012, les ruines de la datcha Samoïlova furent acquises par des particuliers. 

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Il s’agit de l’ancien village de Sablino, où, entre le XVIIIe et le XXe siècles, on extrayait du sable, du grès quartzifère à partir duquel on produisait du verre, du moellon et où l’on fabriquait aussi des briques. Jusqu’au début du XIXe siècle, c’était un petit village qui se développa considérablement grâce à l’arrivée de familles de Iaroslavl. Au début des années 1830, les agriculteurs locaux achetèrent leur liberté, ce qu’atteste une mention datée de 1838 aux archives : « Sablina est un village appartenant à des agriculteurs libres dont le nombre d’habitants recensés est : 53 h., 56 f. ». Il vaut la peine d’y aller en raison de la réserve géoécologique de Sablina : des grottes, des cascades, un canyon, des falaises érodées, tout cela étant d’anciennes carrières de Saint-Pétersbourg. Ici, il est également possible de deviner les contours de l’ancien domaine du poète Alexeï Konstantinovitch Tolstoï, Poustynka, où séjournèrent des membres de la famille impériale et l’écrivain Ivan Tourgueniev. De la propriété, il est resté un étang avec des îlots au milieu et de vieux arbres. On dit aussi qu’au XIIIe siècle s’établit ici le campement du grand chef militaire Alexandre Nevski qui donna à ses troupes du repos avant une bataille. On affirme qu’il y a cent ans le leader bolchévique Vladimir Lénine vécut une année entière à Sablino, et que la poétesse soviétique Olga Bergholtz y séjourna tout un été.  Enfin, d’aucuns affirment que l’actuel président russe Vladimir Poutine aurait rejoint les pionniers près de la maisonnette de Lénine. 

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L’étrange nom de la localité de Lissino-Korpous s’est formé en raison de l’abondance de renards qui faisait jadis la gloire de ces lieux. Mais aussi à cause du Corps des conservateurs des forêts, qui apparut ici en 1834, et de l’école du Garde forestier qui lui était rattachée. Cette institution apprenait à planter et préserver les forêts, ainsi qu’à bien menuiser le bois. Durant ces mêmes années, les membres de la famille impériale aimaient chasser dans les forêts environnantes. Il vaut la peine d’y passer pour voir le bâtiment de l’école construit en 1855, l’église de Lissinski datant de 1862, ainsi que le Palais de chasse de l’empereur, édifice de 1860. L’architecte Nicolas Benois était responsable de la conception de tous les ouvrages. L’entourage d’Alexandre II aimait la chasse à l’ours, voilà pourquoi sous le règne de l’empereur le palais de chasse était recouvert de peaux d’ours. Aujourd’hui, il ne reste rien des intérieurs impériaux et le bâtiment héberge un dortoir. 

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Ville de province connue en premier lieu pour ses liens étroits avec le chemin de fer. Il convient de passer une heure par ici pour s’imaginer comment le premier train Moscou-Saint-Pétersbourg passa près de cette gare il y a presque deux cent ans. Ici passait la voie postale entre les deux capitales mentionnée dans Voyage de Pétersbourg à Moscou d’Alexandre Radichtchev, livre dont un chapitre entier est dédié à la ville. En 1849, un premier train passa près de Liouban et, deux ans plus tard, une gare y apparut. En 1867, l’église Saint-Pierre-et-Paul fut construite près de la gare, consacrée aux cheminots et conçue par le grand architecte russe Constantin Thon, auteur de la cathédrale du Christ-Sauveur. En 1868, une école du chemin de fer ouvrit ses portes à Liouban. Près de l’église furent enterrées les cendres de l’ingénieur général Pavel Melnikov, premier ministre russe des Transports. Après la restauration de l’église, les cendres du ministre furent transférées dans le lieu de culte. 

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Ancienne propriété des comtes Stroganov ayant échu par la suite aux princes Golitsyne. La comtesse douairière Sofia Stroganova était une femme célèbre et active. En 1817, elle rajouta encore quelques hectares aux terres qu’elle possédait déjà et nomma le résultat Marino, du nom de la fondatrice du domaine, Maria Stroganova. C’est alors que le bâtiment fut reconstruit (dans son apparence actuelle) selon les plans de l’architecte Ivan Kolodine et qu’un superbe jardin à l’anglaise fut aménagé. Sofia Stroganova confia une proportion significative des travaux à Alexandre Zandrok, personne ayant beaucoup fait pour les forêts et terres locales. Les intérieurs de la propriété étaient pensés jusque dans les moindres détails : les plafonds avaient été réalisés selon la technique de la grisaille et les précieuses peintures et sculptures transportées depuis une belle maison de Saint-Pétersbourg. Dans cette résidence élégante, la maîtresse des lieux recevait la visite de ses amis haut-placés, qui allaient souvent chasser dans les bois environnants. La belle vie de la demeure cessa après la mort de Stroganova. La collection d’œuvres d’art fut répartie dans des musées et, au cours des années 1930, l’Institut de recherche scientifique minière et géologique de l’Académie des sciences s’implanta dans la demeure. Durant l’époque soviétique, les intérieurs de Marino furent totalement détruits. Aujourd’hui, il s’agit de propriétés privées, qui n’en sont pas moins accessibles aux curieux.