Sur les traces des Erzianes et des Mokchanes

1 jour

Pour voir comment se déroule la vie quotidienne des habitants des confins de la Mordovie, les Erzianes et les Mokchanes, il faut aller vers le nord-ouest de Saransk dans la vieille de Temnikov, en s’arrêtant en chemin à Staroïe Chaïgovo et Krasnoslobodsk.

Stanislav Krassilnikov/TASS
A une heure de route de Saransk se trouve Staroïe Chaïgovo, mentionnée dans les chroniques historiques dès la fin du XVIIe siècle. L’histoire de Staroïe Chaïgovo est liée au nom du poète Nikolaï Ogarev, ami proche de l’écrivain et philosophe Alexandre Herzen. Non loin de Staroïe Chaïgovo, dans le village de Staroïe Akchino, se trouvait la propriété natale du poète, où il vécut de façon intermittente entre 1815 et 1856 jusqu’à son exil. Plus tard, la propriété fut gérée par le grand-père du poète, Bogdan Ogarev, qui édifia une nouvelle maison de maître et planta un verger. La propriété ne nous est pas parvenue. Au centre de Staroïe Chaïgovo, on trouve l’église de l’icône de Notre-Dame de Kazan, dont la construction s’est achevée dans les années 2000.
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A 9 km de Staroïe Chaïgovo se trouve le village de Staraïa Terizmorga. Le village est un véritable musée, et plus précisément le Centre de la culture nationale, où a eu lieu le premier festival folklorique international des peuples finno-ougriens. A Staraïa Terizmorga, les habitants portent le costume national et accomplissent pour tous ceux qui le souhaitent des cérémonies nationales. En 1797, l’écrivain et archéologue polonais Jan Potocki décrivait ainsi le mode de vie local : « Les femmes mordves, surtout les jeunes filles, s’habillent d’une façon extrêmement étrange et extraordinaire. Elles portent à leurs oreilles d’épais morceaux de laine ; des clochettes se mêlent à leurs cheveux, de gros grelots de cuivre sont attachés à leur cou ». A Staraïa Terizmorga, on explique aux touristes chaque détail du costume. Dans le village, on peut visiter le complexe ethnographique à ciel ouvert Maison d’un paysan aisé, qui inclut un petit bania que les surveillants chauffent pour les touristes et un four où l’on cuisine. On y sert des crêpes et de la poza, une boisson à la betterave peu alcoolisée. Le dimanche, tous les habitants de Staraïa Terizmorga se réunissent dans l’église Saint-Nicolas, édifice de couleur blanche aux coupoles bleues.
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Étape suivante de l’itinéraire : Krasnoslobodsk. Elle se trouve à 50 km de Staraïa Terizmorga. La ville, fondée en 1571, est plus vieille que Saransk de plus d’un siècle. Selon le dernier recensement de la population, environ 10 000 personnes y vivent. Le centre de cette petite ville est rempli d’anciennes maisons de marchands qui présentent une valeur particulière. Ce sont précisément les maisons de marchands, avec leurs façades caractéristiques, qui ont le plus contribué à l’apparence qu’ont pris les villes russes. Les propriétés de marchands étaient ornées de riches sculptures sur bois, d’ingénieuses grilles en fer forgé et d’escaliers en fonte. Avec le temps, un certain mode de maçonnerie en briques dit « marchande» est même apparu. 
Ainsi, à Krasnoslobodsk, sur la place du Soviet, au n° 6, se trouvait jadis la maison du marchand Ivan Sevastianov : c’est un édifice en pierre à deux niveaux avec une colonnade construite au début du XIXe siècle sur les terres de l’ancien monastère féminin de l’Intercession. Aujourd’hui, il s’agit d’un monument historique d’importance nationale.

Sur cette même place du Soviet, au n° 16, se trouve la propriété du marchand Mouromtsev. La maison a été construite entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe dans le style du classicisme. Cet hôtel de ville se trouve sur la rive haute de la rivière Mokcha et se voit bien depuis le fleuve sur la route qui va de Krasnoslobodsk à Saransk. C’est sur la rive de la Mokcha que fut fondée la forteresse de Krasnaïa Sloboda qui a donné son nom à la petite ville. La fortification militaire ne nous est pas parvenue. La forteresse a brûlé plusieurs fois au cours d’incendies qui étaient très fréquents ici au XVIIe siècle.

Impossible de quitter Krasnoslobodsk les mains vides. Les élèves de l’école artistique locale réalisent des matriochkas mordaves. Cet artisanat est apparu en ville relativement récemment, il y a 40 ans.

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Après avoir flâné dans la partie ancienne de Krasnoslobodsk, on peut partir à Temnikov, près de laquelle se trouvent les terres de l’amiral Fiodor Ouchakov, saint patron de Saransk et de toute la Mordovie. Le trajet entre Krasnoslobodsk et Temnikov par la route qui traverse les villages de Poudrochki et Zhegalovo prend environ une heure (60 km).

Temnikov est une ville où le temps semble s’être arrêté. La vie s’y écoule paisiblement et l’air est frais. Au début des années 1930, quand la Mordovie reçut ses frontières actuelles, les autorités proposèrent de faire de Temnikov la capitale de la région. Mais la ville ne disposait pas de voies ferrées, qui avaient dans ces années-là une portée stratégique. Temnikov, fondée en 1536, était le centre du district du même nom de 1779 à 1923, qui faisait alors partie du gouvernement de Tambov.

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A Temnikov, on trouve aussi le monastère masculin de la Nativité-de-la-Mère-de-Dieu, ou monastère de Sanaksar. Pendant la crue de la Mokcha, le monastère est entouré d’eau sur trois côtés, ce qui offre une vue d’une beauté incroyable. Le monastère a été fondé en 1659 et s’est transformé en couvent important au début du XIXe siècle. Les sites actuels ont été construits en plusieurs étapes entre 1765 et 1820. La construction a d’abord été menée sous la direction du vénérable starets Fiodor de Sanaksar, oncle de l’amiral et commandant de la flotte Fiodor Ouchakov, puis par le saint starets Philarète. L’ensemble du monastère de Sanaksar est l’un des quelques grands monuments historiques urbains bien conservés de la seconde moitié du XVIIIe siècle et du début du XIXe. Voilà pourquoi son architecture présente une valeur artistique considérable. La cathédrale consacrée à la Nativité-de-la-Sainte-Vierge, par exemple, possède une composition pyramidale : l’église à trois niveaux est couronnée d’un toit à cinq coupoles recherché. Sur les façades de l’église, on peut admirer des fresques multicolores, très rares pour l’architecture russe de l’époque.
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Le village d’Alekseïevka est la terre natale des Ouchakov. L’amiral y a passé ses dernières années. A Temnikov, rue du Communisme, se trouve le Musée historico-ethnographique Fiodor Ouchakov. Les huit salles du musée rassemblent des pièces d’exposition liées non seulement à l’amiral mais aussi à l’histoire de la ville de Temnikov. La visite du musée prend environ une heure.

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A Temnikov, plusieurs maisons de marchands ont été préservées. Non loin du Musée Ouchakov se trouve une ancienne maison de commerce d’un négociant bâtie au milieu du XVIIIe siècle. Ce bâtiment est considéré comme le premier bâtiment en pierre de la ville. Au début de la rue du Communisme, au n° 1, le bâtiment d’une boutique de marchand construit à la fin des années 1880 nous est parvenu. A côté, au numéro 5 de la rue du Communisme, se trouve un autre monument historique, la propriété du marchand Smirnov, également construite au XIXe siècle. Jadis, cet endroit était un bazar. D’autres monuments historiques dont l’architecture date du début ou du milieu du XIXe siècle ont été conservés en ville : les bâtiments de l’administration municipale et de l’académie masculine provinciale.
Stanislav Krassilnikov/TASS

Il est possible de terminer son voyage avec la réserve nationale de Mordovie Smidovitch. Depuis Temnikov, il faut rejoindre la commune de Pouchta. Sur la route, qui prendra environ une demi-heure, on peut voir le petit lac karstique Endovichtche. Après avoir atteint la réserve, il faut rejoindre le poste forestier de Pavlovsk, où il y a des bungalows et un bania. Ici, au cœur de la forêt, on peut passer la nuit.

Informations supplémentaires sur l’itinéraire : de Saransk à Staroïe Chaïgovo, on peut prendre l’autobus pour environ 200 RUB, et pour aller jusqu’à Staraïa Terizmorga il faudra ajouter 50 RUB de plus. En voiture depuis Saransk il faut prendre la route P180 sur environ 60 km.