Itinéraire. Kamychine

Kamychine est une ville d’importance régionale à deux cent kilomètres de Volgograd. Elle a conservé une étonnante atmosphère de ville provinciale d’avant la révolution. Il est possible de s’y rendre en voiture par la route P-228 qui relie Volgograd à Saratov ou en bus.

Une journée à pied ou en transports

Dans le centre historique de Kamychine se dresse un bâtiment en briques de plain-pied construit au début du XXe siècle et nommé maison du Peuple. Il a été érigé sur des fonds privés pour améliorer le niveau culturel des habitants de la ville. Les maisons du Peuple étaient à la mode et se construisaient dans toute la Russie. Rien qu’à Moscou il y en avait 15. Ici, en règle générale tous les nécessiteux qui le souhaitaient pouvaient obtenir un thé gratuit, lire des livres et des périodiques, assister aux représentations d’artistes invités dans une salle confortable et prendre un repas avec des réductions significatives. On tablait sur le fait que la fréquentation des maisons du Peuple permettrait de détourner les gens de la boisson. A Kamychine, la construction de la maison fut supervisée par le Comité de prise en charge de la sobriété du peuple. 

Depuis la maison du Peuple, la Oulitsa Oktyabrskaya, qui s’appela Oulitsa Saratovskaya jusqu’en 1912, mène à un grand bâtiment, l’ancienne Assemblée de la noblesse. Il y a cent ans, ce bâtiment était l’un des plus imposants de Kamychine. Son apparence extérieure et ses intérieurs ont été bien préservés. En y pénétrant, on peut encore voir de nos jours un escalier remarquable partant de l’entrée arrière, c’est « l’escalier de la plèbe ». A proximité immédiate du bâtiment de l’Assemblée de la noblesse, la maison adjacente était jadis occupée par le club des marchands de la ville et la Banque commerciale et industrielle de Russie. De nos jours, ces deux ouvrages distincts sont perçus comme une seule entité en raison de la ressemblance de leur finition extérieure. 

Derrière le bâtiment de l’Assemblée de la noblesse se trouve le parc de la Victoire (« Pobedy »). Une allée qui le traverse mène au quai du fleuve Kamychinka, sur lequel sont installés les bustes d’habitants illustres de Kamychine ayant reçu le titre de héros de l’Union soviétique ou de la Fédération de Russie. Dans ce même parc, il est possible de voir de véritables avions de combat de différents types et des reproductions de missiles stratégiques. Le musée à ciel ouvert est apparu en 2007. 

Depuis le parc de la Victoire s’ouvre une magnifique vue sur le fleuve Kamychinka et le pont de Borodino qui l’enjambe. En 1894, le chemin de fer fut étendu jusqu’à Kamychine (c’est alors qu’apparut la gare historique) et en 1896 les deux rives du fleuve Kamychinka furent reliées par le pont Borodino. Sa construction fut financée par les chemins de fer Riazan-Oural. La raison de ce financement était assez originale pour l’époque. La ville obligeait les chemins de fer à compenser leurs dommages sur l’environnement. La construction faisait office de compensation. Ce pont n’a pas survécu, l’actuel ayant été bâti en 1959. Le nom de Borodino fut longtemps non-officiel et était lié à la Oulitsa Borodinskaya, actuelle Oulitsa Proletarskaya, qui menait au pont. Aujourd’hui, l’appellation a été rendue officielle. 

A l’intersection de la Oulitsa Oktyabrskaya et de celle Proletarskaya se trouve une vieille maison à deux niveaux du début du XXe siècle qui appartenait au marchand de Kamychine Alexandre Ilitch Altoukhov. L’homme d’affaires, qui était aussi représentant au conseil municipal et à l’assemblée provinciale, installa ici une mercerie et une boutique de vaisselle. Les Altoukhov formaient une dynastie de marchands célèbre à Kamychine. Leurs représentants possédaient de nombreux biens immobiliers et dirigeaient un vaste commerce. L’un des frères Altoukhov possédait un cinéma, ce qui était encore une bizarrerie en ce temps-là. 

Dans la Oulitsa Proletarskaya se dresse le bâtiment à deux niveaux de l’ancien gymnasium pour filles d’avant la révolution. Son inauguration fut un événement marquant pour la ville car on l’attendait depuis plusieurs années. La première demande d’ouverture d’un gymnasium fut envoyée dans la capitale en 1892, néanmoins elle fut rejetée en raison de l’insuffisance des fonds recueillis par la communauté urbaine. Une seconde suivie en 1895, écartée à son tour. Un pré-gymnasium privé fut alors ouvert en 1899. Il prit le statut de gymnasium en 1901. Le bâtiment est bien conservé. A l’intérieur, il y a un bel escalier de fonte en colimaçon qui est aussi vieux que le bâtiment. 

Une belle propriété de plain-pied a été préservée dans la Oulitsa Proletarskaya, il s’agit de l’ancienne antenne régionale du Trésor public. Construite en 1904, cette demeure est un modèle d’éclectisme. Elle mélange différents styles architecturaux. Pratiquement toute l’histoire de ce bâtiment est liée aux institutions financières et bancaires : initialement, elle abritait le Trésor public, puis une banque, et désormais un centre de transactions bancaires. Pendant de longues années, Mikhaïl Nikolaïevitch Tchernov, père du célèbre homme politique du parti socialiste révolutionnaire Victor Tchernov, dirigea l’antenne du Trésor public. 

Le bâtiment de l’ancienne École religieuse est presque mieux conservé que les autres constructions historiques de la ville. Jusqu’à maintenant, ses façades sont décorées des armoiries de l’ancien gouvernement de Saratov. L’école a ouvert à Kamychine en 1822, mais n’a occupé ce bâtiment qu’à partir de 1907. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Musée d’Histoire locale de la région de Volgograd a été évacué dans ces locaux. 

Un parc municipal fondé en l’an 1900 se trouve dans la Oulitsa Sovetskaya.  Avant cela, l’immense place du Bétail (Skotoprogonnaya Plochtchad’) s’étendait en ces lieux. Le parc fut aménagé à l’initiative du médecin provincial Iakov Lomonossov qui vivait en face de la place. Dans la mesure où Kamychine ne comptait pas d’experts en architecture paysagère, il fallut en faire venir un depuis Riga. En 1900, Otto Peterson, natif de Riga, mit au point le plan du futur parc et l’aménagement de ses espaces verts. 

A une époque, une tour de guet en bois s’élevait au-dessus des toits de Kamychine. Aujourd’hui, elle n’existe plus, car elle a brûlé dans un incendie au cours des années 1980. Néanmoins, son rez-de-chaussée en brique a survécu. Il comporte deux portes pour les équipes de pompiers. Le bâtiment de l’ancienne garnison militaire régionale lui est adjacent. Les deux bâtiments ont été érigés en 1883. Le style des constructions est souvent qualifié de « romantisme provincial ». 

C’est le bâtiment le plus grandiose et le plus important de Kamychine et il sert souvent de symbole à la ville. La maison du Zemstvo abrite actuellement le Musée d’histoire locale de Kamychine. L’édifice a été construit entre 1900 et 1901 pour l’Assemblée du zemstvo (type d’assemblée provinciale de l’Empire russe) et le Bureau du zemstvo de Kamychine, sur les fonds du comte Dmitri Olsoufiev, qui était alors président de l’assemblée. Il a été réalisé dans le style du baroque russe, alors à la mode, selon des motifs de l’architecture de Moscou et de Iaroslavl du XVIIe siècle. A présent, le bâtiment est sur la liste des sites protégés du patrimoine culturel et historique de la région de Volgograd et de toute la région de la Volga.

Dans le bâtiment qui fait face à la maison du Zemstvo se trouve un musée consacré à la vie et aux exploits d’un célèbre natif de Kamychine, Alexeï Petrovitch Maressiev, illustre pilote de guerre.  En 1942, son appareil fut abattu au-dessus du territoire occupé par les envahisseurs fascistes allemands. Pendant 18 jours, le pilote blessé se faufila vers les lignes soviétiques en rampant à plat ventre avant d’être secouru par les habitants d’un village de la région de Novgorod. A cause de gelures et d’une gangrène naissante, Alexeï perdit ses deux jambes mais il put reprendre son poste et piloter son avion à l’aide de prothèses. Cette histoire servit de sujet principal au célèbre livre de Boris Polevoï Histoire d’un homme véritable. En 1943, Alexeï Maressiev fut récompensé du titre de Héros de l’Union soviétique pour le courage dont il avait fait preuve dans les combats aériens. Après la guerre, il travailla en tant qu’instructeur de vol, puis devint historien militaire et mena une vie publique active. Le musée qui lui est consacré a été inauguré officiellement en mai 2016 à Kamychine, à l’occasion des cent ans de la naissance du célèbre natif de la ville.

La pièce d’exposition la plus précieuse du musée est le costume orné de toutes les décorations militaires d’Alexeï Maressiev offert par son fils. Il y a quatre salles d’exposition : « Les ailes du rêve » (consacrée à la biographie d’avant-guerre du pilote), « La poursuite de l’exploit » (la guerre, les premiers avions ennemis abattus, la difficile réadaptation), « La volonté de vivre » (dédiée aux activités de l’aviateur après la guerre) et la salle « Combat aérien » avec un diorama multimédia sur la bataille de Koursk et un simulateur de vol ramenant à l’époque de la Seconde Guerre mondiale.

Le Kamychine d’avant la révolution comptait cinq églises orthodoxes construites à différentes époques. A la fin des années 1920, pendant la persécution de l’Eglise, elles furent toutes fermées et quatre sur cinq démantelées. Une seule église survécut, celle de Saint-Nicolas, qui faisait office de cimetière. Elle fut érigée en 1775. A l’origine l’église était en bois, mais entre 1824 et 1825 elle fut reconstruite en pierre. Pendant la période soviétique, ses murs abritèrent un entrepôt. En mai 1944, le bâtiment fut rendu aux croyants dans un piètre état. Au prix de grands efforts, elle fut restaurée. L’église a désormais le statut de cathédrale et c’est la seconde de l’éparchie de Volgograd en termes d’importance. Le lieu de culte est totalement rénové. La présence de deux clochers auprès de l’église est remarquable. Le premier a été construit en 1980, le second à notre époque. 

Sur le territoire du district de Kamychine s’étend le parc naturel de Chtcherbakovsk avec quelques sites intéressants, notamment le ravin de Chtcherbakovsk et la  butte d’Ourakov. Le ravin de Chtcherbakovsk se présente comme un petit canyon avec des parois rocheuses abruptes par endroits, ainsi qu’une rivière impétueuse et une forêt au fond. A l’intérieur du ravin s’est formé un microclimat unique en son genre, qui le distingue fortement des steppes arides environnantes. Il porte les traces de bâtiments en pierre construits par des colons allemands. Non loin du ravin se situe l’ancien village allemand de Nijnyaïa Dobrinka et ses édifices du XVIIIe siècle. 

Au-dessus de Kamychine se dressent ce qu’on appelle les « monts Ouchi et Lob de Kamychine ». Ces collines d’une hauteur de 40 à 60 mètres (près de 170 mètres au-dessus du niveau de la mer) attirent l’attention des géologues et des paléobotanistes depuis le XIXe siècle. Ils se présentent comme une coupe unique en son genre de dépôts tertiaires avec des fragments de paléoflore et possèdent aujourd’hui le statut de sites naturels d’importance régionale. Une superbe vue sur Kamychine s’ouvre depuis cet endroit.

Sous le règne de Pierre Ier, à la frontière des XVIIe et XVIIIe siècles, il y avait un projet de construction d’un canal Volga-Don à proximité de Kamychine. Pour construire la voie navigable, on proposa de relier la Kamychinka, affluent de la Volga, à l’Ilovlia, affluent du Don. Les travaux commencèrent en l’an 1697. Mais à l’époque le canal ne fut finalement pas construit, cela ne fut réalisé qu’au milieu du XXe siècle à un autre endroit. Néanmoins, jusqu’à présent, aux alentours de la petite ville de Kamychine, le remblai de Pierre porte les traces du canal inachevé.