Première ligne de défense : 17 tourelles de chars T-34

Volgograd compte un monument historique sans équivalent dans le monde. C’est la ligne de défense de la 62e armée, longue de 30 km, traversant plusieurs quartiers de la ville et ponctuée de 17 tourelles prises à des chars d’assaut T-34 et érigées sur des piédestaux. Elles s’élèvent sur la ligne de front telle qu’elle se trouvait fixée à la date du 19 novembre 1942, quand l’avancée des troupes fascistes vers la Volga atteint son maximum. L’idée d’immortaliser la ligne de front de Stalingrad est apparue dans la seconde moitié des années 1940. Le monument a été conçu par l’architecte Fiodor Lyssov et sa construction s’acheva en 1954.

Aleksandr Zelikov/TASS

Aux pires moments de la bataille de Stalingrad, les Allemands parvinrent à atteindre la Volga en plusieurs points, notamment dans les environs des actuels quai central et gare fluviale. La première tourelle se dresse dans un square sur les berges, à l’endroit où le front s’arrêta à quelques dizaines de mètres de la Volga. Ici, à l’automne 1942, la 13e division de fusiliers de la garde tenait la position et on a donné son nom à la rue voisine. Cette unité, commandée par le général Alexandre Rodimtsev, Héros de l’Union soviétique, conserva beaucoup de lieux stratégiques. Les combattants de la division protégèrent la légendaire maison Pavlov et de nombreux autres sites.

Près de la tourelle, il y a un monument au maréchal Vassili Tchouïkov, œuvre de son fils, Alexandre Tchouïkov.

La personnalité de Vassili Ivanovitch Tchouïkov sortait de l’ordinaire. Lors du déclenchement de la Grande guerre patriotique, il se trouvait en Chine en tant qu’attaché militaire et conseiller militaire en chef, mais il fit tout ce qu’il peut pour rejoindre le front. En 1942, le chef militaire fut directement envoyé de Chine à Toula, où étaient formées les troupes avant de partir pour Stalingrad. Au printemps 1942, à Stalingrad, il prit la tête du groupe d’opérations de la 64e armée et, en septembre, il reçut le commandement de la 62e armée. Le maréchal fut investi de la mission de défendre Stalingrad coûte que coûte. Et Tchouïkov s’acquitta de sa tâche.

Ce n’est qu’après la guerre qu’il se rendit compte de la signification de la bataille de Stalingrad dans son destin. Les événements de l’époque lui revinrent en mémoire, de même que les visages des soldats qu’il avait du envoyer à une mort certaine. Il a décrit tout cela dans ses mémoires. En 1981, le vieux soldat écrivit une lettre-testament : « ... Sentant arriver la fin de ma vie, c’est pleinement conscient que j’adresse une demande : après ma mort, enterrez mes cendres au kourgane Mamaïev à Stalingrad, où a été organisé par moi le 12 septembre 1942 mon poste de commandement... De cet endroit on entend le grondement des eaux de la Volga, les salves d’obus et la douleur des ruines de Stalingrad, là-bas sont enterrés des milliers de combattants que j’ai commandés... 27 juillet 1981. V. Tchouïkov ».
Vassili Ivanovitch Tchouïkov est enterré au kourgane Mamaïev au pied du monument « La Mère-patrie appelle ! », aux côtés de ses soldats.

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La seconde tourelle se trouve dans la rue du Soviet, entre les bâtiments de l’université technique d’Etat de Volgograd. L’ensemble du territoire entre le moulin Gerhardt et la maison Pavlov se voit bien d’ici. En comparant la position de cette tourelle avec celle de la précédente, on peut comprendre combien le front pouvait s’éloigner de la Volga à cet endroit en montant dans les quartiers résidentiels par la rue de Penza qui passait ici jadis. Et combien étaient courtes les distances séparant la ligne de confrontation des deux armées des rives de la Volga, principale artère de transport fluvial de la partie européenne de l’URSS que la Wehrmacht s’acharna à conquérir.

La tactique des combats de rue élaborée par le chef d’armée Tchouïkov a Stalingrad fut plus tard appliquée avec succès tout au long de la guerre lors de la libération des villes. Dans son livre La Bataille du Siècle, le chef de guerre écrivait :  « Le soldat était au premier plan de mes réflexions. C’est le principal protagoniste de la guerre. Parfois, il connait mieux la psychologie du soldat ennemi que les généraux, qui observent le dispositif militaire de l’ennemi depuis un poste d’observation ».

D’une façon ou d’une autre, en faisant le tour des troupes, Tchouïkov remarqua l’artilleur-tireur de précision Gavril Protodiakonov, qui avait réussi, en se barricadant dans le no man’s land, à causer d’importants dégâts aux chars ennemis avec son canon. Le général utilisa l’expérience de ce talentueux soldat et donna l’ordre à ses unités de se rapprocher au maximum de l’ennemi, réduisant le no man’s land à la distance d’un jet de grenade. Cette manœuvre d’approche réduit l’action de l’aviation hitlérienne pratiquement à zéro : les bombes allemandes tombaient soit sur des tranchées vides dans le dos de nos soldats, soit frappaient leurs propres positions.

Un autre procédé tactique du chef d’armée Tchouïkov, scellant de facto l’issue des combats de rue, était l’utilisation de groupes d’assaut. On y incorporait un petit nombre de soldats expérimentés, de 20 à 50, notamment des sapeurs, des éclaireurs et des chasseurs de tanks.  De tels groupes étaient utilisés pour la capture de bâtiments et l’ouverture de brèches dans les positions fortifiées de l’ennemi en territoire urbain. L’effet de surprise était le principal avantage des groupes d’assaut. En outre, leurs membres étaient prêts pour le combat au corps à corps, que les envahisseurs hitlériens s’efforçaient d’éviter.

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La troisième tourelle est juchée près de la maison Pavlov, dans le square de la rue Naoumov. Debout à côté d’elle et en regardant du côté de cette maison légendaire et du moulin Gerhardt, ravagé par les obus, il est possible de mesurer combien les troupes allemandes étaient proches de la Volga. Et combien la tension de la bataille de Stalingrad était haute, sachant qu’elles ne parvinrent pas à passer ce tronçon malgré près de deux mois d’attaques incessantes. La maison Pavlov est un endroit unique en son genre, même à l’échelle de la bataille de Stalingrad :  pendant 58 jours, ce bâtiment fut un avant-poste défensif résistant à plusieurs offensives chaque jour.

La maison Pavlov reçut son nom historique du fait que l’unité qui tenait cette position durant la phase initiale était commandée par le sergent-chef Yakov Pavlov. A la tête d’un groupe de quatre soldats, il défendit cette position en septembre 1942. Et bien que le commandement passa plus tard au lieutenant-chef Ivan Afanassiev, la maison garda sa première appellation.  Les troupes allemandes se tenaient de l’autre côté de la route, en face du bâtiment, qui faisait office de poste avancé. La garnison ayant défendu héroïquement cette « forteresse » se composait, selon les sources, de 24 à 31 personnes. Les soldats creusèrent plusieurs passages souterrains qui conduisaient à différents postes de tir à l’extérieur de la maison Pavlov. Étonnamment, pendant toute la durée de la lutte défensive des civils n’ayant pas réussi à évacuer se cachaient au sous-sol. Bien plus surprenant, ils restèrent tous en vie. Après la guerre, ce fut le premier bâtiment de la ville à être restauré et il continue aujourd’hui d’être un immeuble d’habitation ordinaire.

Juste derrière la maison Pavlov se dressait le moulin Gerhardt qui abritait un poste de commandement soviétique. Les ruines du moulin ont été préservées en tant que monument historique.

La quatrième tourelle se dresse dans la rue du Soviet, près du bâtiment situé au n° 38. A cet endroit, le front se rapprocha encore plus près de la Volga que sur la place Lénine.

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La cinquième tourelle est installée à mi-chemin du kourgane Mamaïev, sur la place de la Victoire de Stalingrad. Dans cette zone, la ligne de front passait presque par le tracé de l’actuelle avenue Lénine, l’artère principale du Volgograd moderne.

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C’est peut-être la plus symbolique, installée sur la hauteur historique du kourgane Mamaïev - la hauteur 102.0 - près de l’église de Tous-les-Saints. Il est possible d’y monter à vélo en passant par la tour de télévision à partir de laquelle une route automobile mène au monument. Mais mieux vaut laisser son vélo sur l’avenue Lénine au pied du kourgane Mamaïev et monter à pied les 200 marches menant au sommet, en référence au nombre de jours que dura la bataille de Stalingrad. La hauteur moderne du kourgane Mamaïev sur lequel se dresse la sculpture « La Mère-Patrie appelle ! » a été remblayée. Elle a été créée lors de la construction de l’ensemble commémoratif « Aux Héros de la bataille de Stalingrad » dans les années 1960.

Le kourgane Mamaïev est devenu le symbole principal de la victoire dans la bataille de Stalingrad. Les combats les plus féroces eurent lieu ici, car la maîtrise de cette position permettait de contrôler toute la partie centrale de la ville. Durant la bataille, la colline passa plusieurs fois de main en main. Sur les flancs du kourgane, des dizaines de milliers de soldats perdirent la vie. Après la fin de la bataille, il y avait ici une telle concentration de métal qu’en de nombreux endroits l’herbe ne poussa plus durant plusieurs années.

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L’édification de l’église orthodoxe de Tous-les-Saints sur le kourgane Mamaïev est liée à la venue à Volgograd d’Alexis II, Patriarche de Moscou et de toutes les Russies, en 1993. L’emplacement du temple fut consacré par le patriarche à la veille de la célébration du 50e anniversaire de la Victoire dans la bataille de Stalingrad. En mai 2005, dans le temple à cinq coupoles construit près du charnier des défenseurs de la Patrie, on commença à célébrer le culte.  L’église de Tous-les-Saints se trouve à proximité immédiate de la tourelle de char marquant la «Hauteur 102 ».

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La septième tourelle se dresse sur l’avenue Lénine, non loin de la place du Renouveau. Il fut un temps où le large ravin du Bain passait non loin, derrière lequel se situait l’usine métallurgie Octobre Rouge, qui existe toujours. L’emplacement où a été installée la tourelle était défendu par la légendaire 284e division de fusiliers, qui était commandée par le colonel Nikolaï Batiouk.

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L’usine métallurgique Octobre Rouge fut le théâtre d’affrontements violents à l’automne 1942. Sa défense est l’une des pages héroïques de la bataille de Stalingrad. Octobre Rouge, fondée à la fin du XIXe siècle, est l’un des plus anciens sites industriels de la ville. Son premier propriétaire, la société française Compagnie métallurgique de l’Oural et de la Volga, lança officiellement sa construction le 30 avril 1897. Dès novembre 1898, le premier four Martin entrait en activité. Durant ces années, l’usine était la plus importante de la ville et de la région. En 1902, 1120 ouvriers y travaillaient, et à la veille de la Première Guerre mondiale ils étaient déjà cinq mille. Comme l’usine se trouvait assez loin de la ville, les propriétaires durent construire des infrastructures sociales et de logement autour d’elle. Trois villages furent construits : ladite Grande France, où vivait la direction de la société (en majorité des Français), la Petite France (village d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers parmi les plus qualifiés) et le Village russe, où vivait la majorité des employés. Les toponymes Grande France et Petite France sont jusqu’à maintenant utilisés dans le district d’Octobre Rouge, même si les constructions d’avant la révolution n’ont été préservées que par de rares endroits. Malgré le vaste complexe de logements construit, une partie des ouvriers continuaient à venir à pied chaque jour de Tsaritsyne, ce qui incita les autorités municipales à prolonger une ligne de tramway jusqu’à l’usine.

Aujourd’hui, Octobre Rouge est desservie par un métro léger, autre curiosité de Volgograd.

Au début de la Grande guerre patriotique, Octobre Rouge produisait 9% de l’acier dans le pays. En 1941, l’usine augmenta sa production d’acier à blindage, maîtrisa de nouveaux types de fonte et commença à fabriquer des engins militaires et des munitions. En 1942, plus d’un ouvrier sur trois était une femme. Non seulement elles travaillaient comme fondeurs d’acier, mais, avec le début de la défense de Stalingrad, elles entrèrent dans la milice aux côtés de leurs collègues masculins.

L’usine, et en particulier l’atelier n° 4, premier four Martin au monde à produire de l’acier à blindage, était l’un des principaux objectifs des envahisseurs hitlériens. A partir de la fin du mois de septembre 1942, des combats sauvages firent rage sur le territoire de l’usine pendant plus de cent jours. Octobre Rouge fut presque complètement détruite, mais les puissantes parois du four Martin servirent de protection fiable à nos soldats et miliciens entre les combats. La restauration de l’usine a commencé juste après la fin de la bataille de Stalingrad. Le premier four, capable de fondre 25 tonnes d’acier, qui portait le numéro 0 (ce qui fait qu’on l’appelait affectueusement Nolik), recouvrit ses forces. Le 31 juillet 1943, le four Martin produit sa première coulée d’acier. Sur la seule année 1943, plus de 518 000 tonnes d’acier furent produits et de premiers produits laminés sortirent de l’usine. Au cours de l’année 1944, on réussit à équiper huit fours Martin.

En 1948, la rénovation d’Octobre Rouge était terminée. C’est alors que commence sa spécialisation dans la production d’aciers inoxydables et d’outillage, grâce auxquels elle jouera un rôle important dans le développement de la fabrication de missiles. Aujourd’hui, l’usine fait figure d’entreprise innovante : elle produit près de 900 types d’aciers spéciaux, 500 types de produits laminés et exporte sa production dans plus de 30 pays.

Malgré les destructions des années de guerre, le territoire de l’usine abrite toujours des édifices prérévolutionnaires, tandis que l’ancien laboratoire est laissé à l’état de ruines en souvenir de la bataille de Stalingrad. C’est l’un des trois bâtiments laissés à l’état de ruines de la ville. En plus du laboratoire de l’usine Octobre Rouge, c’est aussi le cas du Moulin Gerhardt, près du Musée-panorama de la Bataille de Stalingrad, ainsi que de la maison du directeur de l’usine Barricade, qui abritait le poste de commande de la 138e division de fusiliers défendant l’Île Lioudnikov.

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La huitième tourelle est située de l’autre côté de l’avenue Lénine par rapport à la septième, dans une zone de verdure autour de l’usine Octobre Rouge. Cette position était tenue par la 39e division de fusiliers de la garde, dont le nom a été donné à une rue voisine. Cette division était commandée par le général Stepan Gouriev. C’est précisément lui qui, le 3 février 1943, au cours de la remise officielle du territoire de l’usine métallurgique à son directeur, Parouïrou Matevossian, qui la dirigea jusqu’en 1972, lui dit : « Excuse-moi, mais c’est tout ce qu’il reste de ton usine ». Ce à quoi Matevossian répondit :  « Malade, un enfant est encore plus cher aux yeux de sa mère ! ».

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La onzième tourelle est installée là où passait la partie avancée de la ligne de défense de la 138e division de fusiliers d’Ivan Ilitch Lioudnikov. En octobre 1942, la division fut redéployée à Stalingrad à partir du corps de la 64e armée et commença directement la défense de l’usine Barricade et de son village. En novembre, elle fut encerclée par l’ennemi dans un rectangle de 700 m sur 400 m, qui prit par la suite le nom d’Île Lioudnikov. Pendant 40 jours, au prix de pertes conséquentes, les hommes de Lioudnikov tinrent leurs positions. En décembre 1942, suite à la contre-offensive, on réussit à liquider le blocus sud.

Le mémorial de l’Île Lioudnikov fut installé en 1955 dans un square du village de l’usine Barricade. L’Île Lioudnikov compte plusieurs charniers. Les monuments ont été érigés en 1951, puis en 1995 ils ont été recouverts de marbre. On peut lire les inscriptions suivantes sur les obélisques :  « Aux soldats et officiers de la 138e division de fusiliers du drapeau rouge, tombés dans les combats pour Stalingrad.  1942-1942 » et « Gloire éternelle aux héros tombés dans les combats pour la liberté et l’indépendance de notre Patrie ». Le troisième obélisque est situé juste au-dessus de la Volga et commémore le souvenir des miliciens de l’usine Barricade ayant défendu l’Île Lioudnikov dans les rangs de la 138e division. Non loin de là se trouve le charnier du personnel des transmissions de la 138e division, et à côté de lui un monument appelé Rolik installé en 1955. Cette stèle de forme cubique comporte une plaque commémorative en bronze sur laquelle est racontée l’histoire de l’exploit des combattants des transmissions qui maintenaient la liaison entre l’Île Lioudnikov et le quartier-général de la 62e armée : « Dans le réduit des bords de la Volga, au cours de l’année 1942, quatre héros des transmissions de la 138e division de fusiliers, les camarades Vetochkine, Kouzminski, Kharazia et Kolossovski, dont l’indicatif d’appel était « Rolik », maintinrent obstinément le poste de liaison et empêchèrent les envahisseurs fascistes allemands de passer ». En 1979, ce monument fut recouvert de granit et de marbre.

Les ruines du poste de commandement de la 138e division ont été préservées dans l’Île Lioudnikov. Autrefois, ce bâtiment était la maison du directeur de l’usine Barricade. Ce qui reste du poste de commandement témoigne de la férocité des combats. En 2008, une croix de chemin de dix mètres de haut a été érigée dans l’Île Lioudnikov.

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La douzième tourelle se situe à l’endroit défendu en 1942 par les détachements de la milice populaire du district de la Barricade. Aujourd'hui, il fait partie du complexe du mémorial de l’Île Lioudnikov.

La treizième tourelle se dresse sur le territoire de l’usine Barricade, il est impossible de s’en approcher. A son emplacement passait la partie avancée de la ligne de défense des combattants de la 308e division de fusiliers du colonel Leonti Gourtiev.

L’usine fut la dernière grande entreprise industrielle construite à Tsaritsyne à l’époque prérévolutionnaire. Elle eut dès le début une vocation militaire et prit le nom d’Usine d’armement. Il était prévu qu’on y produise des systèmes d’artillerie de gros calibre, notamment pour la flotte. Le premier propriétaire de l’entreprise était la firme anglaise Vikkers.  L’inauguration officielle de l’usine eut lieu le 27 juin 1914. Au cours de son histoire, l’usine a subi plusieurs modernisations approfondies : d’abord dans les années 1930, puis une rénovation d’après-guerre, avant des modifications significatives dans les années 1990.  L’usine Barricade conserve aujourd’hui encore sa vocation militaire et remplit les commandes du Ministère de la Défense de la Fédération de Russie.

La quatorzième tourelle se situe dans le district de l’Usine de tracteurs. Les 124e et 149e brigades de fusiliers de la 62e armée y livrèrent des combats défensifs.

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ТL’usine de tracteurs a été le symbole de son époque à plusieurs reprises. A la fin des années 1920 et au début des années 1930, elle était le symbole de l’essor de la construction industrielle à l’œuvre dans le pays. Son démarrage anticipé était considéré comme le point de départ de l’ère industrielle. L’usine fut visitée à maintes reprises par des dirigeants de l’Etat soviétique et des personnalités culturelles en vue de l’URSS et d’autres pays.

A l’automne 1942, l’usine devint un symbole de la résistance des défenseurs de Stalingrad. Le front avança jusqu’à ses grilles mais même pendant ces journées dramatiques l’usine ne cessa pas le travail. Elle continua à fabriquer des produits militaires, ce pourquoi elle avait été reconvertie, malgré les tirs de mortier et les bombardements. Le 27 août 1942, suite à une frappe aérienne, un incendie se déclencha dans le réservoir à pétrole ainsi que les ateliers d’outillage et de forge. Beaucoup d’équipement fut évacué de l’édifice. Malgré tout, les ouvriers poursuivirent leur travail.

Les chars d’assaut produits et réparés à l’usine étaient directement envoyés au combat. En septembre 1942, au cours des combats de rue en ville, l’usine produisit environ 200 chars d’assaut. Le 18 octobre 1942, suite à d’âpres combats, les troupes allemandes parvinrent à occuper le territoire de l’usine. On commença à restaurer l’usine après la fermeture du chaudron de Stalingrad et la libération de la ville le 2 février 1943. La restauration se déroula en un éclair : le 12 juillet 1943, une première partie des chars d’assaut réparés ici était déjà envoyée au front. La production de tracteurs à l’usine reprit en juin 1944 alors que la guerre n’était pas encore terminée.

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La quinzième tourelle se situe sur le territoire du quartier de Spartanovka, dans la rue Nikolaï Otrada. De septembre à novembre 1942, des unités étaient retranchées sous le commandement du colonel Sergueï Fiodorovitch Gorokhov.

La seizième tourelle est la plus septentrionale. Officiellement elle se trouve dans les limites de la ville, même si dans les faits c’est déjà la banlieue. Elle est installée sur le territoire du village de la centrale hydroélectrique, dans l’enceinte de l’école n° 87. De ce côté, la ville était défendue par la 124e brigade de fusiliers de la 62e armée.

La dix-septième et dernière tourelle se trouve dans la partie sud de la ville, dans le district Soviétique sur l’avenue de l’Université. Le lieu où elle trône s’appelle aujourd’hui Ceinture verte, néanmoins à l’époque de la bataille de Stalingrad il était connu sous le nom de « Poutre vitriolée ». À l’automne 1942, des combats sauvages menés par les soldats de la 64e armée s’y déroulèrent.