Itineraire. Canal de navigation Volga-Don

Les deux principales voies de navigation de la partie européenne de la Russie - les fleuves Volga et Don - sont les plus proches l’une de l’autre géographiquement dans l’actuelle région de Volgograd. L’importance de leur interconnexion fut entendue dès le Moyen-Âge : un canal entre les deux grands fleuves permettrait de créer des voies navigables entre cinq mers : la mer Baltique, la mer Blanche, la mer Caspienne, la mer d’Azov et la mer Noire. Néanmoins, toutes les tentatives de construction d’un tel ouvrage échouèrent jusqu’au milieu du XXe siècle quand fut ouvert le canal de navigation Volga-Don Lénine d’une longueur de 101 kilomètres. Notre itinéraire couvre l’ensemble des treize écluses du canal avec un détour par la commune de Piatimorsk. L’itinéraire commence dans le district Krasnoarmeïski de Volgograd.

Une journée en voiture.

La première tentative de relier la Volga au Don fut entreprise en 1569 quand le sultan turc Selim II envoya 22 000 soldats creuser un canal entre les fleuves. Selon les chroniqueurs, les Turcs, après avoir creusé un profond fossé, se retirèrent au bout d’un mois en déclarant que le peuple turc tout entier n’aurait pas assez de 100 ans pour accomplir cette tâche. Les traces de ces travaux sont encore visibles de nos jours et sont appelés Remblai turc. Pierre Ier saisissait l’importance du canal aussi bien que le sultan. A la fin de l’année 1701, le canal de Pierre était partiellement achevé, notamment l’installation de certaines écluses. Néanmoins, au début de la guerre avec la Suède, un décret de l’empereur ordonna de détruire le canal. Le lieu du chantier prit le nom de remblai de Pierre. Avant la révolution de 1917, quelques projets furent élaborés, mais aucun d’eux ne put être réalisé. Dès 1920, le pouvoir soviétique se fixa pour tâche de construire un canal. Le projet fut mis sur pied dans les années 1930, mais sa réalisation fut perturbée par la Seconde Guerre mondiale. En février 1948, lors d’une réunion du Conseil des Ministres de l’URSS, les plans définitifs du complexe Volga-Don furent approuvés, après quoi commencèrent les travaux de terrassement. Le canal fut construit en un temps record, soit trois ans et demi. Sur cette durée, 150 millions de mètres cubes de terre furent extraits et trois millions de mètres cubes de béton furent coulés. Près de 8000 machines et mécanismes participèrent à la construction : engins de terrassement, pelles araignées mobiles, excavatrice à chaîne à godets et bien d’autres. Le 31 mai 1952 à 13 heures 55, entre l’écluse n°1 et l’écluse n°2, les eaux de la Volga et du Don furent connectées. Le 1er juin 1952, le canal de navigation Volga-Don accueillit sa première embarcation.  Le 27 juillet 1952, le canal fut inauguré officiellement et le navire Joseph Staline passa sous la porte de l’écluse n°1. Au milieu des années 1990, des travaux de reconstruction et de rééquipement technique du complexe Volga-Don commencèrent.

Le canal de navigation Volga-Don relie la Volga au Don à l’endroit où ces deux fleuves sont les plus proches l’un de l’autre. Le canal commence dans la vallée d’un affluent de la Volga, la rivière Sarepta. Puis le canal passe le long des monts Iergheni, situés dans le remous de Sarepta, à l’abri des tempêtes, du courant et des glaces. La longueur totale du canal est de 101 kilomètres, dont 45 passent par des réservoirs. La profondeur du canal est d’au moins trois mètres et demi. Le canal est alimenté par les eaux du Don qui, à l’aide de trois stations de pompage, se déversent dans le bief de partage à une altitude de 44 mètres. Le complexe d’ouvrages d’art hydrauliques inclut 13 écluses de navigation, trois stations de pompage, trois barrages, 17 digues, deux stations techniques de réparation et d’autres construction. Tous les édifices, y compris la centrale hydroélectrique de Tsimliansk, sont des ensembles architecturaux uniques. La distance minimum entre les écluses du versant de la Volga est de 700 mètres, tandis que sur le versant du Don il y peut y avoir 20 kilomètres entre elles.  Toutes les écluses ont une taille de 145 mètres sur 18. Le trajet d’un bateau sur le canal prend de 10 à 12 heures. La période de navigation est d’environ 245 jours par an. Chaque jour, plus de 7000 navires empruntent le chenal du canal et plus de 8 000 000 de tonnes de marchandises sont acheminées, dont la moitié est constituée de pétrole ou de produits pétroliers. Le canal de navigation Volga-Don est un segment important du corridor de transport international Nord-Sud. Il offre un débouché sur des voies navigables en eau profonde européennes : le Danube, le Main, le Rhin et autres.

La porte du canal de navigation Volga-Don est la première écluse. Elle est ornée d’un arc de triomphe d’une hauteur de 40 mètres. Du point de vue architectural, elle rappelle les constructions triomphales qu’on avait l’habitude d’ériger en l’honneur de grandes victoires. La construction du canal Volga-Don est l’accomplissement d’un vieux rêve, une victoire sur les éléments et un pas considérable dans l’établissement d’un système de navigation en eau profonde unifié dans la partie européenne de la Russie. L’arc est décoré d’inscriptions réalisées sous forme de bas-reliefs sur fond d’étendards. L’arc de triomphe est complété par un fronton attique avec des compositions sculptées. Le mécanisme de contrôle de la première écluse est situé à l’intérieur de l’arc. La monumentalité de l’arc de triomphe est renforcée par l’estacade en béton armée à deux niveaux de l’écluse n° 1 qui court sur trois cent mètres.  

Nikolaï Galkine/TASS

La promenade de l’avenue s’achève sur la place Lénine. Un monument au guide du prolétariat Vladimir Lénine s’y dresse, installé en 1960 en l’honneur de son 90e anniversaire. Auparavant, la place s’appelait place de la Défense. Le monument a été réalisé par l’éminent sculpteur monumentaliste Evgueni Voutchetitch et l’architecte Grigori Zakharov sous la forme d’une sculpture de bronze posée sur un socle de granit symbolisant une tourelle blindée. Le moment de la prise de parole historique du leader face à la gare de Finlande à Petrograd en avril 1917 est à la base de la conception du monument. Le monument est au centre de la composition de la place, voilà pourquoi il s’intègre organiquement dans la colonnade de la Maison Pavlov (Maison de la gloire du soldat). A Volgograd il y a un autre monument à Lénine réalisé par Evgueni Voutchetitch. Il se situe sur le quai du canal de la Volga et du Don dans le district de l’Armée rouge. C’est la plus haute statue au monde représentant une personne réelle.

Le musée a été ouvert le jour des 45 ans du canal de navigation Volga-Don, le 27 juillet 1997. Initialement, il se composait de deux salles, mais en 2001 l’exposition s’est étendue à deux nouvelles salles avec une grande maquette du canal. Désormais, il est possible de visiter quatre salles : une salle historique ; une sur la chronologie de la construction du canal ; une autre sur son exploitation et une dernière de démonstration. C’est la muséographe et photographe Rimma Edelman qui est à l’origine de la fondation de ce musée. Tout au long de ses trente ans d’expérience de travail dans la gestion du canal, elle a rassemblé du contenu pour la future exposition avec enthousiasme et minutie. Edelman a pris des photos de la construction et de la mise en service de toutes les installations hydrauliques, mais s’est aussi rendue dans les mines, les puits et les cavités des écluses. Aux côtés de documents historiques et de photographies, le musée présente des contenus sur la vie quotidienne actuelle du canal, ainsi que sur ses perspectives de développement.

Sur l’île Sarepta, un phare a été construit en 1953 selon les plans de l’architecte Rinat Iakoubov. Sa hauteur atteint 26 mètres. Les murs sont ornés de rostres massifs en fonte. Une inscription sur le phare indique : « Gloire aux vaillants marins de la flottille militaire de la Volga ayant héroïquement défendu Tsaritsyne en 1918-1919 et Stalingrad en 1942-1943 ».

Installée à la sortie de la ville, l’écluse n° 3 se distingue des autres par la composition de sa tour dont la partie supérieure possède trois niveaux. L’embasement de la tour comprend des ouvertures en plein cintre. Deux niveaux sont ornés de pilastres à chapiteaux. Au troisième, au sommet, des balcons sont disposés. Sept kilomètres après l’écluse n° 3 commence un tronçon de neuf kilomètres qui a reçu le nom d’escalier Tchapournikov. Là, les bateaux doivent passer six écluses (de la quatrième à la neuvième) jusqu’à une altitude de 50 mètres. Après l’écluse n° 5, toute la perspective pittoresque de l’escalier Tchapournikov est visible. Le bief de partage commence par trois stations de pompage : celle de Karpov, celle de Marinovka et celle de Varvarovka. L’eau s’écoule sur les versants de la Volga et du Don et sert également pour l’irrigation.

Dans les environs de l’écluse n° 4, l’armée de tanks allemande fut écrasée pendant la bataille de Stalingrad. Un obélisque a été élevé en mémoire de cela sur la rive du réservoir à proximité de l’écluse. Les extrémités de l’écluse n° 4 sont ornées de bas-reliefs en fonte massifs en forme de gerbes, de guirlandes et autres éléments décoratifs. Sur les façades, il y a des portiques à quatre colonnes avec des balcons et des bas-reliefs. Les plates-formes supérieures et inférieures sont reliées par des escaliers extérieurs.

Sur le bâtiment de l’écluse n° 7 se trouve une plaque commémorative en marbre dédiée à l’exploit du soldat de l’Armée rouge Nikolaï Karkhanine. L’inscription qu’elle comporte indique : « Dans la zone de la 7e écluse, le 7 novembre 1942, l’organisateur du Komsomol du peloton de reconnaissance du 434e régiment d’infanterie de la 169e division d’infanterie, le soldat de l’Armée rouge Nikolaï Mikhaïlovitch Karkhanine, à un moment critique des combats, recouvrit de son corps l’embrasure du bunker ennemi et rendit possible au prix de sa vie l’accomplissement de l’ordre de bataille. L’exploit et le nom du héros sont immortels ».

L’écluse n° 8 se trouve à l’endroit où, en 1918, les soldats de l’Armée rouge lancèrent l’assaut sur les gardes blancs à Tsaritsyne. C’est ce que rappellent les inscriptions sur les boucliers du bas-relief réalisé par le sculpteur Mikhaïl Smirnov. Sur le bouclier de gauche : « Depuis cette zone, le 15 juillet 1918, fut lancé l’assaut victorieux d’une partie du front de Tsaritsyne vers le sud contre les gardes blancs ». Sur le bouclier droit : « Ici, en 1918, la division Donetsk-Morozovsk formée de travailleurs du Donbass lutta héroïquement contre les gardes blancs ». Près des extrémités du bâtiment de l’écluse sont installés des escaliers ouverts.

Après avoir franchi l’escalier Tchapournikov, les bateaux atteignent le canal à bief de partage menant au réservoir de Varvarovka, partie suivante du canal Volga-Don. Ici, sur les rives du bief de partage, sont érigés deux bâtiments dans lesquels se trouvent des volets rétractables permettant de réaliser des travaux de réparation. En se rejoignant, ils séparent le versant de la Volga du bief de partage, ce qui est suivi par la mise à sec de la zone de réparation. Dans le sens de navigation, le canal à bief de partage s’élargit, croisant par endroits le lit de la rivière Tchervlennaïa. Puis, au bout de 30 kilomètres, les bateaux atteignent le réservoir de Varvarovka approvisionnant en eau tout le versant de la Volga. C’est à partir d’ici que commence le chemin vers le Don et le réservoir de Tsimliansk. La superficie du réservoir est de 16 kilomètres carrés. Son territoire s’étend de la source de la rivière Tchervlennaïa au nœud hydroélectrique de Bereslavski. L’eau du réservoir est utilisée tant pour la navigation que pour être bue et pour des besoins domestiques, mais aussi pour l’irrigation et la pêche et en tant qu’objet de loisirs. Compte tenu de la particularité du climat aride, un canal d’une longueur de 42 kilomètres a été creusé à partir du réservoir pour les besoins d’irrigation. Le réservoir de Varvarovka contient environ trente sortes de poissons. Il bénéficie d’une grande popularité auprès des amateurs de chasse sous-marine et de sports nautiques extrêmes. Sur les rives du réservoir sont aménagées des plages municipales.

L’écluse n° 10 est la première de la descente de la Volga. Elle est située au début du canal à bief de partage reliant le réservoir de Varvarovka à celui de Bereslavska. Près de l’écluse, sur la rive du réservoir de Varvarovka, sur des piédestaux de granit sont installés des bustes en bronze dédiés aux participants de la guerre civile de 1917-1922 : le plénipotentiaire de la 10e armée Alexandre Parkhomenko (œuvre du sculpteur Lev Kerbel), le révolutionnaire et membre du parti Artiom (de son vrai nom Fiodor Sergueïev ; œuvre du sculpteur Pavel Bondarenko) et le chef d’état-major d’une formation de la 10e armée Nikolaï Roudnev (œuvre du sculpteur Nikolaï Nikogossian). Sur la plaque commémorative de la tour droite de l’écluse est reproduit un extrait d’un télégramme de Lénine et Staline au commandant du front Kliment Vorochilov.

L’écluse n° 13 s’intègre dans l’ensemble du canal de navigation Volga-Don et se trouve à la sortie du réservoir de Tsimliansk. Celle-ci, comme l’écluse n°1, est ornée d’un arc de triomphe en l’honneur de la Victoire dans la Seconde Guerre mondiale. L’inscription sur l’arc du côté du réservoir de Karpov indique : « Gloire à notre grande patrie », et du côté du Don : « Gloire à l’Armée Soviétique victorieuse ». Les murs de l’arc et des ouvrages de la voie sont recouverts d’un plâtrage en pierre avec des morceaux de marbre. Les bas-reliefs de la façade principale de l’arc, orientée vers le Don, immortalisent les figures de soldats soviétiques libérateurs : des cavaliers, des fantassins et des tankistes. L’auteur des bas-reliefs est le sculpteur Gueorgui Motovilov. La partie supérieure de l’arc est décorée d’acrotères monumentaux représentant les drapeaux et les armes des défenseurs de Stalingrad. Une plaque commémorative de granit est installée sur l’écluse et comporte une inscription indiquant : « La construction du canal de navigation Volga-Don Lénine entre 1949 et 1952 fut dirigée par Ivan Sergueïevitch Chiktorov, organisateur talentueux et participant à la construction de nombreux ouvrages d’art hydrauliques nationaux ».

Le 23 novembre 1942, dans la zone de l’écluse n° 13, les troupes de choc soviétiques des fronts Sud-Ouest et de Stalingrad firent leur jonction. Après des combats acharnés, le 330e groupement des troupes allemandes dans la région de Stalingrad fut encerclé. Ce fut l’une des victoires clés de l’armée soviétique au cours de la Seconde Guerre mondiale. En l’honneur de la réussite de l’opération Anneau, on inaugura ici un monument dédié à la Jonction des fronts en 1953. Il est l’œuvre du légendaire sculpteur Evgueni Voutchetich, auteur de l’ensemble du kourgane de Mamaïev. Les architectes du monument étaient Leonid Poliakov et Leonid Diatlov. La hauteur de la sculpture, représentant un groupe de soldats faisant la jonction, est de 16 mètres. Il y a quatre combattants : un représentant de l’infanterie motorisée, un garde à cheval, un fantassin et un tankiste. Le monument comporte une inscription : « Nos descendants n’oublieront jamais la grandeur d’esprit et la résistance incroyable des soldats russes des rives du Don et de la Volga ». Lors des combats pour l’encerclement des troupes allemandes, les 19e, 45e, 69e, 157e et 102e brigades de tanks, la 14e brigade d’infanterie motorisée et la 36e brigade mécanisée se distinguèrent. Le monument se trouve sur une colline artificielle de 11 mètres de haut. De la terre extraite lors de la construction du lit du canal de navigation Volga-Don a été utilisée pour son érection. Un long escalier mène au pied du monument. Près du monument est installée une croix de Cyrille et Méthode, œuvre du sculpteur Viatcheslav Klykov, dédiée aux disparus des guerres.

Près de l’écluse n° 13, aux alentours de la ville de Kalatch-sur-le-Don, se trouve la commune de Piatimorsk (à 70 kilomètres de Volgograd). Elle a été fondée en 1952 par les constructeurs du canal de navigation Volga-Don. Le nom Piatimorsk signifie « port des cinq mers » : la mer Caspienne, la mer d’Azov, la mer Noire, la mer Baltique et la mer Blanche. Les rues de la commune sont décorées de symboles rappelant le canal : lanternes monumentales, chaînes et ancres. L’insolite Parc d’histoire de l’État russe se trouve dans la Oulitsa Lenina et s’étale sur près de 20 hectares. Ses allées impeccables sont décorées de sculptures de divers hommes d’État et de personnalités publiques allant de l’antique Ruthénie à nos jours. Matveï Platov, Mikhaïl Koutouzov, Dmitri Donskoï, Alexandre Nevski,  Mikhaïl Lomonossov ou Catherine II, soit un total de 30 sculptures et bustes placés dans 28 allées. Les fonds pour la reconstruction du parc, aménagé à l’époque de la fondation de Piatimorsk, ont été offerts par des fermiers et entrepreneurs locaux. Une autre attraction de la commune est un lieu de culte orthodoxe flottant, l’église du métropolite Saint-Innocent-de-Moscou sur la rive du réservoir de Karpov.

Une filiale du Musée d’histoire du Canal de navigation Volga-Don ouverte en 2008 se situe à Piatimorsk. L’exposition s’étend sur quatre salles. Les salles sur l’histoire de sa construction et sur son exploitation traitent des étapes de création et des travaux du canal de navigation Volga-Don. Le musée possède également une salle de la Gloire militaire consacrée aux combats ayant eu lieu en ces lieux lors de la Seconde Guerre mondiale et à la jonction des fronts du Sud-Ouest et de Stalingrad avec l’aide du front du Don. Dans la salle d’histoire régionale sont présentées des pièces d’exposition racontant la vie, le quotidien et les traditions des cosaques du Don.