Promenade dans la vieille ville

Le début du XXe siècle se traduisit par une forte croissance économique à Tsaritsyne. Mais la révolution et les Guerre civile eurent ensuite lieu, après quoi commença une nouvelle construction, celle du Stalingrad d’avant-guerre. Il vaut la peine de parcourir les vieilles ruelles pour ressentir comment vivait cette ville provinciale dans les premières années du siècle dernier et jusqu’au début de la Seconde guerre mondiale.

Aleksandr Zelikov/TASS

La rue de la Volga et du Don est un petit îlot de la vieille ville qui commence à partir de l’immeuble au n°3, édifice du complexe de bâtiment de la Poste centrale. La rue est apparue à l’époque de la construction du faubourg Préobrajenski de Tsaritsyne à la fin du XVIIIe siècle et a reçu le nom de rue Anastasia. Toutes les rues de ce faubourg étaient baptisées de jolis prénoms féminins. La ligne de constructions du faubourg Préobrajenski formait un angle à 45 degrés par rapport à la vieille forteresse de Tsaritsyne. Avant la révolution, dans la rue Anastasia, il y avait de petits hôtels, des auberges et une vive activité commerciale. Dans les années 1920, la rue changea de nom pour l’actuel, devenant la rue de la Volga et du Don. Une légende veut qu’il incarnât le vieux rêve, non réalisé à l’époque, de relier les deux grands fleuves russes de la Volga et du Don.

Aujourd’hui, tout l’ensemble des bâtiments de la rue de la Volga et du Don et un site classé au patrimoine culturel. Les bâtiments concentrés ici sont typiques de l’éclectisme en briques avec des éléments art nouveau. Il y en a cinq : quatre côté impair, un côté pair. Les constructions d’avant la révolution sont datées de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il s’agit de la maison du marchand Dontsov (oul. Volgodonskaïa, 7), de celle du marchand Alekseïev (oul. Volgodonskaïa, 5) ainsi que de la maison ayant appartenu au membre de la Douma municipale, le marchand Michnine, au 11 rue de la Volga et du Don, où se trouve aujourd’hui une annexe de l’Université russe d’économie Plekhanov, et au 13 de la même rue, où il y a à présent des cours du soir. Les maisons sont bien conservées de l’extérieur et partiellement reconstruites à l’intérieur.

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La rue du Culte du prolétariat est la plus courte voie de la ville. Elle ne compte que deux immeubles, aux numéros 3 et 5. L’immeuble du n° 5 est une ancienne demeure de marchand dont on ne sait malheureusement presque rien de l’histoire. La rue a reçu son nom actuelle après la révolution, mais avant cela elle s’appelait rue Catherine. C’était l’une des principales artères du faubourg Préobrajenski de Tsaritsyne. Beaucoup d’autres bâtiments de la rue du Culte du prolétariat ont été conservés. Néanmoins, ils se trouvent désormais à d’autres adresses du fait du traçage des voies modernes : dans la rue du Komsomol, dans celle de la Paix et sur l’avenue Lénine.

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Une histoire dramatique est liée à la propriété Repnikova bâtie en 1903 dans le style russe. Selon l’avis des historiens, le plus riche marchand de Tsaritsyne, Constantin Voronine, offrit la maison à sa fille Avgousta en guise de dot.  Un membre d’une autre famille marchande, Grigori Serebriakov, voulait se marier avec Avgousta Voronina, mais il essuya un refus. La jeune fille donna sa préférence au célèbre mécène de Tsaritsyne Aleksandr Repnikov. En représailles, le fiancé éconduit aurait fait construire dans les environs immédiats de la maison une clouterie dont le bruit transforma la vie des habitants de la demeure en véritable enfer. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Avgousta décida de se débarrasser de la maison et de l’offrir à sa belle-mère, Ioulia Repnikova, qui fut le dernier propriétaire de la maison. De nombreux visiteurs illustres pour l’époque furent invités dans la demeure, notamment Piotr Stolypine.

Au cours de la Guerre civile, en 1918, le quartier général de la défense du Soviet de Tsaritsyne des députés ouvriers, soldats, paysans et cosaques, ainsi que le commissariat militaire de la province, se trouvaient en ces lieux. Par la suite, ils abritèrent le Musée de la Défense de Tsaritsyne Joseph Staline avec une reconstitution complète de son cabinet de travail. Au cours de la bataille de Stalingrad, la propriété a souffert mais elle a rapidement été rénovée. Après la guerre, un musée s’y est de nouveau établi. Il porte aujourd’hui le nom de Musée historique et commémoratif.

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Le mémorial Aux Habitants de Tsaritsyne ayant participé à la Première Guerre mondiale 1914-1918 est l’œuvre de Sergueï Chtcherbakov, célèbre sculpteur de Volgograd. Il a été installé dans la cour du Musée historique et commémoratif le jour du centenaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale. La sculpture en bronze est réalisée dans l’esprit de cette époque et représente la croix militaire de Saint-Georges.  Sur la croix, il y a une couronne de laurier, un manteau et un fusil. La composition est couronnée d’un aigle bicéphale, symbole de l’Empire russe.

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Près du bâtiment du Musée historique commémoratif se trouve un autre monument dédié à Constantin Nedoroubov, cosaque de la stanitsa d’Oust-Medveditskaïa de Beriozovski des troupes de cosaques du Don, belligérant de la Première Guerre mondiale et de la Grande guerre patriotique, chevalier de l’ordre de Saint-Georges et Héros de l’Union Soviétique (une des sept personnes à avoir accumulé toutes ses récompenses en même temps dans l’histoire de l’URSS). L’auteur du monument est le sculpteur Sergueï Chtcherbakov. La sculpture en bronze de Constantin Nedoroubov est complétée par le mémorial « Aux Habitants de Tsaritsyne ayant participé à la Première Guerre mondiale de 1914-1918 ».

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En plein cœur du square de la place Privokzalnaïa se trouve la fontaine de la Ronde des enfants, œuvre du sculpteur Aleksandr Bourganov. Sur une éminence, au centre d’un bassin de granit circulaire, se dressent les silhouettes d’enfants dansant autour d’un crocodile : trois filles et trois garçons. Face à eux, il y a huit grenouilles d’où jaillit l’eau.

Le prototype de la construction était la fontaine légendaire située sur cette place avant la Seconde Guerre mondiale. Elle n’avait alors aucun nom officiel, voilà pourquoi les habitants inventèrent leurs versions :  « Crocodile », « Enfants dansants » et même « Barmaleï ». On considère que la fontaine de Stalingrad avait été créée en 1930 et son groupe sculpté réalisé par Romuald Iodko. La fontaine acquit une large célébrité grâce aux clichés réalisés après un raid aérien de la Luftwaffe le 23 août 1942. Au premier plan de la photographie, connue dans le monde entier, se trouve la composition sculptée avec les enfants et, en arrière-plan, la gare de Stalingrad en flammes. La fontaine fut rénovée juste après la fin des hostilités.

Dans les années 1950, la fontaine fut démontée dans le cadre de la construction du bâtiment moderne de la gare, mais elle continua à être l’un des symboles de la ville indomptée. Une copie de la sculpture d’avant-guerre intitulée « Ronde des Enfants » a été inaugurée en août 2013 non loin de son emplacement histoire sur la place Privokzalnaïa.

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La tour de guet du jardin du Komsomol a été érigée en 1897 en remplacement d’une ancienne tour en bois, en mauvais état et trop basse, qui se trouvait à  l’emplacement de l’actuelle Université médicale d’Etat de Volgograd. Depuis la nouvelle tour de guet de 45 mètres de haut de la Première brigade de pompiers de Tsaritsyne, on voyait très bien presque tout le territoire de la ville. Dans les années 1930, la tour fut démantelée mais le bâtiment en lui-même conservé. Dans les années 1990, après un grave incendie, l’édifice fut rénové et la tour de guet reconstruite sur la base de vieux croquis et photographies d’avant la révolution.

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Le bunker de Stalingrad a été construit entre 1941 et 1942 par un collectif de constructeurs de métros : dans 60 villes du pays en même temps, se créèrent alors des comités municipaux de défense des zones sur la ligne de front. Initialement, le bunker abritait le quartier général local de la défense antiaérienne et le poste de communication central. Après l’entrée des troupes allemandes dans la ville, le poste de commandement de l’état-major de Stalingrad s’y installa. Le 14 septembre 1942, les troupes allemandes parvinrent au jardin du Komsomol, emplacement du bunker. Le comité municipal de défense fut transféré dans le district de Kirov. Aujourd’hui, la partie extérieure du bunker consiste en deux bâtiments : une entrée et un puits de ventilation. Le niveau supérieur de l’ouvrage a été reconstitué selon des croquis des années de guerre. Des travaux de restauration ont lieu au niveau inférieur. En 2009, une plaque commémorative a été installée sur le bunker avec un portrait d’Aleksandr Tchouïanov, premier secrétaire des comités régional et municipal du PCUS, entrant dans la composition du comité municipal de défense de Stalingrad.

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Le monument à Nicolas Gogol est le tout premier monument de la ville, situé dans le jardin du Komsomol derrière le bâtiment du Nouveau théâtre expérimental. Ce buste est apparu à Tsaritsyne en 1910 en l’honneur du centenaire du grand écrivain. Initialement, il était installé à l’endroit de la stèle actuelle de la Flamme éternelle. Ce buste est l’un des quatre monuments de la ville à avoir survécu à la bataille de Stalingrad. Au revers du buste sont visibles les traces laissées pr éclats de balles et d’obus. Les autres monuments à avoir survécu sont : celui dédié au premier Tchékiste, Félix Dzerjinski, sur la place du même nom près de l’Usine de tracteurs ; le monument au pilote Viktor Kholzounov sur le quai Central dans les environs de la Gare fluviale : le monument du charnier Yakov Erman et autres participants de la Guerre civile dans le jardin du Komsomol.

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Le monument du charnier du célèbre révolutionnaire Yakov Erman et d’autres participants de la Guerre civile fut installé en 1925 en l’honneur du septième anniversaire de la révolution d’Octobre. Son auteur, l’artiste de Stalingrad Nikolaï Lioubimov, réalisa une pierre tombale en forme de cailloux cimentés entre eux, image de la cohésion du prolétariat dans la lutte des classes.

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L’inauguration du monument eut lieu en 2013 en l’honneur de la célébration du centenaire du tramway urbain. C’est un authentique wagon de 1932, copie exacte de ceux qui transportaient des passagers à Stalingrad dans les années 1930. Il a été acquis à Saint-Pétersbourg où il était en exploitation jusqu’alors. Avant d’être envoyé à Volgograd, l’intérieur du tramway fut reconstitué sur la base de photographies historiques. Avant la révolution, Tsaritsyne comptait trois lignes de tramway qui parcouraient la ville déjà assez fortement étirée le long de la Volga.  Le monument se trouve dans le jardin du Komsomol, près de l’ancien cinéma Pobeda. Pendant les fêtes municipales, on peut pénétrer dans le wagon, s’asseoir sur les bancs et regarder comment était organisée la gestion des tramways avant la guerre.

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Le bâtiment moderne de la gare Volgograd 1 est un édifice d’après-guerre. Le chantier de la première gare de Tsaritsyne commença en 1868. Le vieux bâtiment en pierre se distinguait des autres constructions. C’était un bel ouvrage, monumental pour la ville de cette époque. Sur le fronton de la gare ont été peintes les initiales CFGS, pour Chemins de Fer Griazi-Tsaritsyne. Par la suite, la gare fut rebaptisée Stalingrad 1 et subit plusieurs reconstructions pour fonctionner jusqu’à la bataille de Stalingrad.

En 1942, la gare essuya un violent bombardement, détruisant largement le bâtiment. Juste après la capitulation des troupes fascistes au mois de février 1943, la reconstruction de la gare démarra. Les travaux furent menés au pas de charge et dès le 14 mars 1943 un premier train, venu de Moscou, entra en ville. Les ruines furent partiellement démantelées et, en 1954, sur les vieilles fondations fut construit l’édifice moderne selon les plans des architectes Aleksandr Kourovski et Samuel Briskine, avec une flèche et un grand beffroi.

Les façades du bâtiment sont recouvertes de granit et de pierre d’Inkerman, mais aussi ornées de groupes sculptés et de bas-reliefs monumentaux, œuvres de Moïsseï et Nadejda Pavlovski et de Vassili Bezroukov. A l’intérieur de la gare, les murs sont recouverts de marbre. Les plafonds sont ornés de corniches de stuc, de caissons, de rosaces et de peintures.